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mercredi 12 juin 2019

Présidentielle USA 2020. Propos de candidats

Voici une sélection des derniers  propos des candidats à la présidentielle 2020 aux Etats-Unis.

> Joe Biden (Parti démocrate, candidat à la primaire de la présidentielle 2020)
- Le président Trump pense que ses tarifs sont payés par la Chine. Tout comme il pense que le Mexique construit le mur.
- Le président Trump apporte son accord secret d'une page avec le Mexique dans l'Iowa. Les Iowains écrasés par ses tarifs aimeraient bien le voir.
- Trump ne comprend pas les bases de l’économie. Il pense que ses tarifs sont payés par la Chine. Tout étudiant en première année d'économie pourrait vous dire que le peuple américain paie ses tarifs. Les caissiers de Target voient ce qui se passe – ils en savent plus sur l’économie que Trump.
- Il pense qu’il est dur. Eh bien, il est facile d’être dur quand une autre personne ressent la douleur. Combien d’agriculteurs de l’Iowa et du pays sont sur le point de perdre leur entreprise, leur ferme à cause des tarifs de Trump?
- Nous ne pouvons pas nous permettre quatre autres années d’une administration qui joue avec les moyens de subsistance des familles américaines. Les familles qui travaillent méritent un président qui se bat pour elles.
- Une chose est claire en ce qui concerne la guerre tarifaire opposant le président Trump à la Chine: les agriculteurs et les fabricants américains sont écrasés – personne ne le sait mieux que l’Iowa. Pour Trump, les gens fragilisés ne sont que des pions dans son jeu.

> Kamala Harris (Parti démocrate, sénatrice de Californie, candidate à la primaire de la présidentielle 2020)
- Voici ma grande idée que nous devrions tous soutenir: Payons les enseignants à leur vraie valeur.
- Il est temps que nous adoptions des bulletins de vote en papier marqués à la main à l’échelle nationale.
- J’ai déjà poursuivi les grandes banques et obtenu des milliards pour les propriétaires de leur maison. Je ferai la même chose en tant que présidente.
- Pour de nombreux survivants de la violence armée, même après que leurs blessures physiques ont été guéries, les problèmes de santé dus au plomb dans les balles peuvent durer toute une vie. Une autre raison pour laquelle, en tant que présidente, je n’attendrai pas le Congrès. Je vais agir contre la violence armée.
- La loi «Do no Harm» garantit que personne ne peut utiliser la loi pour discriminer une personne en raison de sa race, de son sexe, de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Il est vital de protéger les droits civils de tous les Américains.
- Ma mère disait: tu ne laisses pas les gens te dire qui tu es. Tu leur dis qui tu es.
- Disons la vérité: les femmes américaines ne sont toujours pas traitées de la même manière, ne sont pas évaluées de la même manière, ni payées de la même manière dans ce pays. C’est à nous de mener cette lutte pour que toutes nos filles puissent intégrer le marché du travail sans craindre d’être sous-estimées.
- Cette élection est un combat pour défendre les intérêts de notre Amérique. Où vous n'avez besoin que d'un seul travail pour payer les factures. Les entreprises sont tenues de payer les femmes de la même manière et de traiter les travailleurs avec dignité. Où tout le monde a accès à de l'air pur et à de l'eau.
- En 1963, le président Kennedy a promulgué la loi sur l'égalité de rémunération. Pourtant, à ce jour, les femmes n’ont pas payé leur juste part. Mon plan d’égalité de rémunération s’appuierait sur sa loi en exigeant des entreprises qu’elles montrent qu’elles ne se livrent pas à une discrimination salariale et pénalisent celles qui le font.


Présidentielle USA 2020. Sondages: Le centriste Biden écraserait le populiste Trump (53%-40%)

Selon le dernier sondage sur les élections présidentielles américaines réalisé par l’université Quinnipiac, le candidat démocrate qui fait la course en tête dans les enquêtes d’opinion concernant les primaires du parti, le centriste Joe Biden, écraserait le président actuel, le populiste républicain Donald Trump par treize points d’avance (53%-40%).
L’avance de Biden provient d’abord d’un vote féminin en sa faveur.
Ainsi, si l'ancien vice-président possède un avantage de seulement 1 point (47% contre 46%) sur Trump dans l’électorat masculin (avance qui est, malgré tout, une nouveauté pour un démocrate) celui passe à 60% contre 34% dans l’électorat féminin, soit une différence énorme de 26 points.
En outre, si les électeurs blancs sont partagés à parts égales entre les deux candidats, (Trump à 47% et Biden à 46%), Biden mène de 73 points (85% contre 12%) parmi les électeurs noirs et de 25 points (58% contre 33%) parmi les Hispaniques.
A noter que les deux candidats dépassent les 90% de soutien de leur propre parti.
En revanche, Biden l’emporte de 30 points chez les «independents» (électeurs ne s’affiliant ni aux démocrates, ni aux républicains) avec 58% contre 28%.
Rappelons que tous les sondages réalisés sur la présidentielle 2020 ont donné, jusqu’à présent, Joe Biden vainqueur devant Donald Trump.
Ce sondage Quinnipiac donne également une réponse intéressante entre la très bonne situation économique du pays et les faibles intentions de vote en faveur de Trump.
Alors que ce dernier affirme constamment qu’il est responsable de la croissance économique du pays, du bas taux de chômage et de l’augmentation des salaires, seuls 41% des Américains sont d’accord avec lui.


mardi 11 juin 2019

Pour Hillary Clinton la menace fasciste existe bien aux Etats-Unis

Commentant sa lecture du livre de Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’Etat de son mari, le président Bill Clinton, dans les années 1990, intitulé «Fascisme, l’alerte», Hillary Clinton a estimé que «l'idée que [le fascisme] ne peut pas survenir ici [aux Etats-Unis] est simplement une manière de penser obsolète».
La centriste, ancienne secrétaire d’Etat de Barack Obama et vainqueur en voix de l’élection présidentielle de 2016 qui a vu la victoire minoritaire de Donald Trump (grâce au système des grands électeurs), a exprimé ce point e vue lors d’une réunion d’anciens élèves de l’Université de Wellesley où elle a suivi ses études.
Parlant des pratiques de Trump et de son Administration, elle affirme que «la démagogie, l'appel à la foule, l'utilisation très habile des symboles, l'intimidation, verbale et physique, n’ont pas été pris assez au sérieux» alors qu’il s’agit du «modèle classique» de fonctionnement fasciste.
Et d’ajouter:
«Il n’est pas normal de porter atteinte à l’état de droit. Il n'y a rien de normal d'attaquer la presse. Il n’est pas normal d’essayer de saper une autre branche du gouvernement. Il n’ya rien de normal d’essayer d’utiliser le système politique pour attaquer vos ennemis. Il n'y a rien de normal à cela.»
Hillary Clinton pointe également le comportement scandaleux de Trump (qu’elle ne nomme jamais dans ses propos):
«Vous faites quelque chose aujourd’hui qui est encore plus scandaleux que ce que vous avez fait hier, vous dites quelque chose qui dépasse totalement ce que l’on attend d’un élu de la Nation. Et donc ce qui est arrivé hier est vite perdu dans ce qui se passe aujourd'hui.»
Selon elle, cette stratégie employée par Trump est non seulement inacceptable dans une démocratie mais recèle de graves dangers d’autant qu’il semble que tout ne devienne que de simples événements furtifs:
«Ce qui aurait été impensable il y a cinq ans, et encore moins il y a cinquante ans, n'est plus que l'actualité d'hier.»
Evoquant le rapport du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans les élections de 2016, elle estime que «si vous prenez le temps de [le] lire (…) ce que tous les auditeurs de cet auditorium sont capables de faire, vous en venez à deux conclusions incontournables: la première est que la Russie a procédé à une ingérence généralisée et systémique dans notre élection; la seconde est que l'entrave à la justice s'est produite».
Et de poursuivre:
«Plus d'un millier d'anciens procureurs nommés par les républicains et les démocrates ont tous déclaré que ces incidents qui sont relatés dans l'affaire Mueller – la deuxième partie de son rapport – constituent clairement des accusations d'entrave à la justice.»



mercredi 7 novembre 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Etats-Unis, le répit démocratique

Le Parti démocrate vient donc de gagner la Chambre des représentants, ce qui n’a pas empêché Donald Trump de tweeter qu’il s’agissait d’une «immense victoire» pour sa personne et le Parti républicain!
On n’est, bien entendu, guère étonné par cette réaction d’un personnage qui a érigé le mensonge en mode de gouvernement.
Mais on est abasourdi que les médias français reprennent cette idée que Trump a quelque part gagné parce qu’il n’y a pas eu de «raz-de-marée démocrate (que personne ne prévoyait), que le Sénat demeurerait républicain (ce qui était prévu par les instituts de sondage) et que les gains chez les gouverneurs des Etats ne sont pas aussi grands qu’espérés par les démocrates.
On a même vu un «chercheur» d’un think tank spécialisé dans les relations internationales prétendre sur une chaîne du service public que l’hôte de la Maison blanche avait gagné!
Il faut dire que ce «spécialiste» nous a aussi appris que Bernie Sanders dirigeait l’aile gauche des démocrates alors que le sénateur du Vermont (réélu) n’a jamais eu sa carte du parti!
Sur une autre chaîne, privée celle-ci, on a pu entendre un «avocat international» nous dire que cette victoire des démocrates à la Chambre des représentants ne changeraient rien puisque Trump pourrait gouverner par décret alors même que la défaite du Parti démocrate en 2010 dans cette même chambre (il avait gardé la majorité au Sénat), lors des midterms, avait complètement bloqué la présidence de Barack Obama…
Et on en passe et des meilleurs.
Plus sérieusement, cette victoire attendue des démocrates est un ouf! de soulagement pour les défenseurs de la démocratie républicaine et un répit démocratique en attendant les élections présidentielles de 2020.
Car, oui, les républicains n’ont pas été balayés et Trump peut se dire que tout n’est pas perdu.
Pour autant, les Américains ont démontré qu’ils n’étaient pas tombés majoritairement dans le populisme démagogique et le nationalisme extrémiste naauséabonds.
Rappelons d’ailleurs que Donald Trump – qui avait fait de ces élections de mi-mandat un référendum sur sa présidence – n’a jamais été majoritaire dans la pays puisqu’il a gagné la présidentielle avec trois millions de voix de moins qu’Hillary Clinton et qu’il vient de subir un nouvel échec.
Que peut-on attendre de cette confrontation entre un président populiste et républicain et une chambre plutôt située au centre-gauche et démocrate?
C’est encore difficile à dire parce que l’on ne sait pas ce que sera le comportement des démocrates.
Vont-ils s’affronter durement avec le président en s’opposant à toutes ces décisions et en ouvrant des commissions d’enquête sur toutes les très nombreuses casseroles qu’il traîne avec lui depuis des années ou vont-ils adopter une position plus modérée pour faire passer des mesures qui leur permettraient de se présenter en 2020 avec un bilan législatif positif?
Les républicains, eux, en 2008 avaient choisi la première option et, en 2010, grâce à leur victoire dans la seule Chambre des représentants (comme les démocrates aujourd’hui), avaient bloqué toutes les initiatives de Barack Obama.
Cela n’avait pas empêché ce dernier de gagner la présidentielle de 2012 mais de perdre, dans la foulée, l’entier Congrès (Chambre des représentants et Sénat) lors des midterms de 2014.
Et, en 2016 – conséquence du blocage républicain de la deuxième présidence Obama – les démocrates avaient tout perdu, et la présidence, et le Congrès.
Tout dépendra évidemment du comportement de Trump et de ses sans doute multiples provocations comme celle de prétendre qu’il a gagné les élections.
Mais même si l’hydre est toujours là, elle a quand même manqué son pari d’ancrer profondément ce populisme nationaliste aux Etats-Unis.
Et ce n’est pas seulement une bonne nouvelle pour les Américains, cela l’est également partout dans le monde où beaucoup de personnages inquiétants, de Bolsonaro à Salvini, étaient arrivés au pouvoir sur cette vague «trumpienne» et que les autocrates et leurs sbires ainsi que les populistes déjà en place, rêvaient d’une planète enfin débarrassée de la démocratie républicaine libérale.
Ce ne sera pas le cas aujourd’hui.
Rien n’est pour autant gagné dans cette guerre mais, ouf!, avec cette bataille victorieuse, rien n’est perdu.




dimanche 4 novembre 2018

Obama contre Trump, le vrai combat politique américain

Il y a une dimension que les commentateurs de tous bords et de toutes catégories oublient facilement: Trump n’est pas majoritaire et ne l’a jamais été.
Certes, il peut se targuer de la légitimité du système électoral américain (qui n’est pas remis en question pas la majorité des citoyens eux-mêmes) mais cela n’empêche qu’il a été le président le plus mal élu avec trois millions de voix de moins que la perdante, Hillary Clinton…
De même, pour ce que cela vaut, il n’a jamais été majoritaire dans les sondages, sa cote de popularité demeurant anormalement basse depuis son élection en novembre 2016.
Peut-être que grâce aux élections de mi-mandat du 8 novembre prochain, il le sera pour la première fois, par Parti républicain interposé, mais cela n’en prend pas le chemin.
Et si le Parti démocrate devient, lui, majoritaire à la Chambre des représentants comme cela est annoncé par les sondages (ce sera nettement plus difficile voire impossible pour lui de remporter la majorité des sièges au Sénat, renouvelé d’un tiers ce mardi), il le devra en grande partie à… Barack Obama.
Pas seulement parce que ce dernier, avec le brio qu’on lui connait, a décidé de se replonger dans la politique active en donnant des discours et en participant à des meetings électoraux afin de soutenir les candidats républicains mais surtout pour sauver les valeurs de la démocratie américaine et empêcher les projets dangereux de l’aventurier Trump.
Au moment où les activistes de gauche affirment péremptoirement que ce sont les candidats radicaux très à gauche qui donnent une dynamique au Parti démocrate et qui s’en prennent au bilan et à la personne de l’ancien président, celui-ci fait le buzz par son implication dans la campagne où il contre avec talent le populisme démagogique, l’extrémisme et les mensonges de Donald Trump.
Surtout, c’est son bilan qui sera peut-être l’élément-clé de la victoire démocrate.
Ainsi, ce n’est pas l’immigration et les diatribes de Trump contre l’envahissement du pays par des criminels qui se masseraient à la frontière des Etats-Unis et sur lesquels l’armée aurait le droit de tirer qui est le sujet le plus important.
Ce n’est pas non plus l’économie américaine qui connait pourtant une croissance aussi forte qu’étonnante (et qui recèle, pour beaucoup d’économistes, de très graves à danger à court et moyen terme) et dont il faut rappeler qu’elle provient en très grande partie des décisions prises par Obama lors de son double mandat.
Non, c’est sa réalisation la plus iconique, l’assurance-santé pour tous les Américains qu’il a mis en place, que les républicains ont immédiatement baptisé «Obamacare» pour la discréditer et attaquer celui qui l’avait faite voter (appellation qu’Obama avait fait sienne pour montrer qu’il en était très fier) qui est au cœur des préoccupations de la population qui, majoritairement, ne veut pas qu’on y touche.
C’est tellement vrai que les républicains, la queue entre les jambes, se sont tous ralliés à cette réforme sociale essentielle et tentent désormais de la récupérer de manière aussi ridicule que pathétique comme le fait le sénateur du Texas Ted Cruz qui n’a pas peur d’en être le principal défenseur après avoir promis, avec ses amis politiques, qu’une fois au pouvoir elle serait immédiatement «repeal» (abrogée).
Mais c’est aussi la différence de gouvernance entre un Barack Obama, centriste, homme de conviction et de culture, au projet humaniste et progressiste, adepte d’une société ouverte et un Donald Trump, populiste démagogue, flirtant avec les thèses fascistes et racistes, menteur et inculte au projet réactionnaire, adepte d’une Amérique qui se referme sur elle-même, qui est également au cœur du choix que feront les Américains le 8 novembre.
Un choix particulièrement important car il dira si Trump est un malheureux accident de l’Histoire qui devrait se terminer pour le bien de tous en 2020 (à défaut d’avoir pu le faire démissionner ou destituer) ou bien un phénomène bien plus profond et important (en terme de grandeur) comme l’affirme ses supporteurs et certains observateurs de la vue politique américaine.
Une victoire de l’hôte actuel de la Maison blanche serait une terrible nouvelle pour la démocratie républicaine, pas seulement pour les Etats-Unis mais aussi pour le monde entier où les imitateurs du populiste démagogue (comme Bolsonaro au Brésil, Salvini en Italie, Le Pen en France et Johnson au Royaume Uni) seraient confortés dans leurs agissements et pourraient rêver d’autres victoires électorales.
En ce 8 novembre, c’est bien un match Obama-Trump qui va se dérouler et il faut souhaiter une victoire par KO du premier nommé.

Alexandre Vatimbella





mercredi 24 janvier 2018

Avec le choc «Trump», la démocratie face à ses contradictions et ses faiblesses

La tentation totalitaire et populiste des peuples est une donnée récurrente de l’histoire de l’Humanité.
Comme si la liberté inquiétait de par l’éventail de ses possibilités et que la servitude rassurait de par l’indication d’une seule et simpliste vérité à suivre.
Comme si l’individu préférait que l’on flatte ses défauts plutôt que d’encourager ses qualités à s’exprimer.
Comme si le peuple préférait croire aux mensonges pour ne pas se confronter à la réalité.
Comme si le refus d’une éthique était tellement plus reposant que la responsabilité.
Dans le même temps, il faut constamment rappeler aux populations des démocraties républicaines que le régime de la liberté n’est pas «naturel», au sens où la liberté dans la sécurité n’est pas l’état naturel des êtres humains.
Et si le libéralisme a parlé de «droits naturels» notamment à propos de la liberté, il s’agit d’affirmer que comme tout individu est égal à un autre à sa naissance, il possède des droits constitutifs de celle-ci que la société doit lui garantir.
Mais, sans cette garantie, ces «droits naturels» n’existent évidemment pas et c’est la loi du plus fort qui est alors la règle, c’est-à-dire la vraie loi naturelle (plus fort ne voulant pas forcément signifier le plus fort physiquement mais celui qui est capable de dominer l’autre, ce qui peut se faire également par la ruse).
Dans ce cadre, la démocratie ne résiste pas toujours à l’arrivée au pouvoir d’un individu aux tendances autocratiques et populistes.
Et ce n’est pas la première fois que cela se passe avec Donald Trump.
Ce ne sera sans doute pas la dernière fois, non plus, qu’un tel populiste extrémiste et démagogue parvient au sommet dans une démocratie, profitant du système pour se faire élire.
Mais le choc «Trump», s’il doit être replacé dans cette perspective historique de long terme où le peuple acclame des Boulanger, des Hitler, des Mussolini, des Peron, il doit aussi être analysé sur une période plus courte qui part de la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours.
Plus particulièrement de cette résurgence dans les démocraties du populisme et de l’extrémisme de droite (celui de gauche ayant échappé au purgatoire parce qu’il ne fut pas considéré comme complice de la boucherie nazie alors même que Staline massacrait son peuple à la même époque).
Ainsi, de l’Allemagne à l’Italie en passant par le Japon mais aussi la Hongrie, le Portugal et l’Espagne, le moment fasciste qui s’effondra alors partout sauf à Madrid et Lisbonne, fut un vaccin important contre l’extrême-droite pendant vingt à trente ans dans les pays démocratiques avec, dans les années 1970 les disparitions de Franco et de Salazar qui permirent l’éclosion de la démocratie dans la péninsule ibérique.
Ce reflux fasciste fut aidé par une conjoncture économique et sociale particulièrement positive pendant ces trois décennies qui suivirent la fin de la guerre.
Certains ont pu penser et théoriser alors la victoire finale de la démocratie républicaine face aux forces fascistes.
Puis, la mort de Mao puis la chute de l’empire soviétique a permis aux mêmes de penser et théoriser la victoire finale de la démocratie républicaine dans le monde entier et pour toujours face aux régimes autoritaires et totalitaires (sans être, reconnaissons-le, dans une innocence ingénue pour autant car ne cachant pas les nombreux dysfonctionnements des sociétés occidentales).
C’est cette fameuse «fin de l’Histoire» dont a parlé Francis Fukuyama, qui ne signifiait nullement qu’il n’y aurait plus de marche vers le progrès ou des conflits entre les humains, voire l’effondrement de civilisations, mais simplement qu’il semblait bien que les peuples avaient finalement choisi la démocratie contre la servitude.
Force est de constater que ce ne fut pas le cas et que ce n’est pas le cas, la tentation totalitaire et populiste existe ainsi dans une partie importante de la population et dans chaque pays même si elle est d’importance différente.
Le retour d’un régime fort en Russie et en Turquie en témoigne.
Et nous revoilà dans ce moment charnière où elle risque de remettre au pouvoir des personnages douteux et dangereux, véritables aventuriers de la politique dans les démocraties.
Trump est de cette trempe mais comme l’est Poutine, Kaczynski, Duterte, Orban, Erdogan, etc., tous des personnages dangereux élus par leurs peuples (avec plus ou moins de fraude).
Bien sûr, l’élection du président américain est d’une autre dimension parce qu’il s’agit de la plus grande démocratie du monde qui, depuis sa création à la fin du XVIII° siècle a toujours tenu des élections en date et en heure et n’a jamais reniée ses valeurs et ses principes.
La question fondamentale est évidemment de savoir comment empêcher l’élection d’un Trump dans le futur dans une démocratie?
Il y a, évidemment, la formation d’un citoyen détenteur d’un savoir suffisant et suffisamment informé pour ne pas tomber dans le piège d’un tel personnage et de sa rhétorique.
Mais, force est de reconnaître, que près de deux siècles et demi de démocratie aux Etats-Unis n’ont pas permis de faire émerger de manière ultra-majoritaire un tel citoyen, empêchant la menace de se concrétiser.
Alors, en attenant que cela survienne, que peut faire la démocratie républicaine?
Doit-elle se protéger en allant contre ses principes et ses valeurs?
Pas forcément comme beaucoup le veulent et d’autres le craignent.
Car empêcher que ceux qui veulent détruire un système qui garantie la dignité et le respect de la personne est une des tâches essentielles de la démocratie républicaine et non un renoncement à ce qu’elle est.
Dès lors, elle doit pouvoir empêcher légalement qu’un Trump, un Orban, un Erdogan, une Le Pen parviennent au pouvoir (mais aussi de se protéger de toutes les idéologies politiques et religieuses totalitaires).
Sur quelle base s’appuie cette thèse qui fait se hérisser de nombreux soi-disant défenseurs de la démocratie, prêts à la voir disparaître plutôt que de la voir se défendre efficacement?
Sur celle que la démocratie républicaine, à l’inverse d’une idée reçue, n’est pas le régime de la majorité mais bien celui de la garantie des droits de tous et de la minorité.
Sur celle que la démocratie doit garantir la liberté ce qui impose qu’elle ne permette pas à ceux qui veulent la supprimer de gouverner.
Explications.
Si c’est bien la majorité qui a le pouvoir et qui peut décider l’orientation d’un pays démocratique, elle ne peut en aucun cas remettre en cause les fondements démocratiques de celui-ci, c’est-à-dire la liberté de l’individu et les droits qui s’y attachent.
Dès lors, même si tout un peuple sauf un des ses membres voulait supprimer la liberté dans son pays, il n’en aurait pas le droit au nom de la liberté de celui-ci.
Mais même si tout le peuple, unanimement, voulait le faire, il n’en aurait pas le droit au nom de la liberté des générations futures.
C’est en cela que l’être humain nait libre et que la liberté et un droit «naturel».
De même, comme le disait Saint-Just mais avec une signification quelque peu différente, il ne peut y avoir de liberté pour les ennemis de la liberté.
Car ceux qui prétendent que la démocratie qui interdit à ses adversaires d’agir sans aucune restriction n’est pas digne de vivre car elle tourne le dos à ses principes, ont tout faux.
Car, comme je l’expliquais plus haut, si la dignité et le respect de la personne humaine ne peut se faire sans la liberté, celle-ci ne peut pas vivre sans être protégée.
Dès lors, interdire à ceux qui veulent l’abolir d’agir en ce sens, est une de ses missions.
Pour en revenir à Trump au moment où celui-ci vient de fêter la première année de son mandat (avec, à la clé, un «shutdown», fermeture des services publics faute de majorité au Congrès pour voter un budget ou des autorisations budgétaires limitées, ce qui caractérise bien la faillite du président américain!), le combat continue, évidemment.
Beaucoup s’étonnent de ce que malgré tous ses mensonges, ses renoncements, ses échecs, ses grossièretés, ses insultes et son incompétence, il ait encore un taux d’environ 35% d’approbation dans les sondages.
Le Washington Post, par exemple, a recensé 2000 fausses informations ou informations biaisées délivrées par la Maison blanche en un an…
Mais quoi d’étonnant puisqu’il a obtenu 46% des voix en 2016, que Marine Le Pen en a obtenu 34% à la présidentielle de 2017, qu’Hitler en a obtenu 36,7% à la présidentielle de 1932 et que le parti nazi est arrivé en tête aux législatives la même année avec 33,09% des voix.
Concernant l’Allemagne qui sait qu’un sondage réalisé en 1947, deux ans après l’effondrement d’un des pires régimes de l’Histoire, 55% des Allemands de la zone d’occupation américaine estimaient que le nazisme était une «bonne idée mal appliquée»…
Donc, il bénéficiera toujours d’une «base» plus ou moins solide et qui ne se détachera de lui qu’au dernier moment et pour un événement particulièrement grave.
Et encore…
Bien sûr, comme nous l’avons vu, l’élection de Trump n’est pas la première fois que la démocratie est face à ces contradictions et ses faiblesses.
Régime permettant à ceux qui veulent l’abattre de pouvoir prendre le pouvoir légalement, elle a, dans le passé et le présent, permis l’élection de ses ennemis (Hitler), de populistes (Jackson), d’incompétents.
Et quand les pro-Trump s’exclament au bout d’un an de présidence de leur héros, «Vous voyez bien que les Etats-Unis sont encore une démocratie», ses opposants répondent qu’elle n’a jamais été aussi faible et en danger, rejoints en cela par de nombreux travaux de spécialistes des sciences politiques.
Ces dernières semaines devant les comportements et les déclarations de Donald Trump et après une année de pouvoir, les observateurs et les commentateurs aux Etats-Unis se sont demandé s’il était mentalement dérangé, intellectuellement limité, incompétent, dangereux ou moralement abject, la réponse est conteste: il est les cinq en même temps!
Ainsi, l’homme qui ne mange que des cheeseburgers de McDonald’s pour éviter d’être empoisonné, qui arrête de travailler à 18h tous les jours, qui ne lit aucun rapport mais prend ses informations pour gouverner sur la chaîne de «fake news» et d’extrême-droite, Fox News, qui s’autoproclame «génie très équilibré» («genius very stable»), qui affirme qu’il est le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé et qu’il a rendu sa grandeur à l’Amérique («make America great again») mais aussi qu’il est l’homme providentiel qui vient de réconcilier les deux Corées et qui ne veut pas d’immigrants de «pays de merde» («shithole countries») africain et d’Haïti, démontre à longueur de temps sa nocuité à tous les points de vue.
In fine, la présidence Trump va causer beaucoup de dommages aux Etats-Unis ainsi qu’à la démocratie.
Mais est-elle, comme certains le pensent, une menace pour l’existence même de la démocratie dans le monde et, subsidiairement, le marchepied qui va permettre au rêve chinois de supplanter le rêve américain?
Un cauchemar que tous les démocrates, dont les centristes, veulent éviter à tout prix.

Alexandre Vatimbella