Puisque l’économie va de mieux en mieux, que les Américains
et les investisseurs reprennent confiance dans l’avenir, les républicains, assommés
par leur défaite aux présidentielles de novembre dernier (ils croyaient
vraiment qu’ils allaient l’emporter), mais aussi les médias, toujours
ambivalents sur Barack Obama, ont choisi d’attaquer ce dernier sur d’autres
terrains.
On se rappelle que ce fut cette même stratégie qui fut
utilisée en 2009 après sa première victoire à la présidentielle (il n’était pas
possible alors d’incriminer Obama pour les difficultés économiques que
connaissait le pays et qui venaient d’avant son élection).
Devant un homme excessivement populaire et qui venait de
faire l’Histoire mais que la presse avait encensé au-delà de toute mesure (et
que les républicains pétrifiés n’avaient osé attaquer de peur d’être traités de
tous les noms), les critiques sur sa personne et sa politique avaient, dès les
premiers flottements de sa présidence, fusé de partout, une pratique que l’on
avait alors baptisée «Obama bashing» et qui ne cessa quasiment plus, alimentée
sans cesse par la droite extrême du Parti républicain, par les grands médias
conservateurs (en particulier le Wall Street Journal et Fox News) sans oublier
le Tea Party, ce mouvement populiste, démagogue et proche de l’extrême-droite qui
se créa en 2009 pour porteer un message populiste et démagogique au-delà de
toute mesure et qui s’amuse à caricaturer le président en Hitler ou Staline.
D’ailleurs, un des «scandales» que l’on reproche en ce moment
à Obama concerne en partie ce Tea Party ainsi que d’’autres groupes
conservateurs. Ceux-ci ont vu les agents du fisc enquêter sur leurs
financements et sur leurs agissements alors que cela n’a sans doute pas été le
cas pour les groupes de gauche.
Quant aux autres «scandales» que je placerai également entre
guillemets, il s’agit d’abord de l’affaire réchauffée sans cesse par les
républicains pour embêter Obama mais surtout désormais Hillary Clinton
(possible candidate pour le présidentielle de 2016 et actuellement archi-favorite
de ce scrutin et, à l’époque, secrétaire d’Etat), de l’attaque du consulat
américain de Benghazi fin 2012 qui avait coûté la vie à l’ambassadeur Stevens
et trois autres Américains.
L’autre affaire concerne des écoutes de journalistes de l’AP
(Associated press, première agence de presse mondiale) qui avaient révélé grâce
à des informateurs au sein même de l’administration, une tentative déjouée de
faire sauter un avion américain lors du premier anniversaire de l’élimination
de Ben Laden grâce à l’infiltration d’un agent double dans le groupe terroriste
yéménite qui avait planifié cet attentat.
Il y a une opinion intéressante sur ces «scandales», celle
du journaliste du magazine Time, Joe Klein dont les positions centristes sont
bien connues.
Pour lui, seule la cible des groupes conservateurs par
l’administration des impôts peut être considérée comme un scandale, les autres
n’étant que des attaques politiques de ceux qui veulent prendre leur revanche
sur Obama par tous les moyens.
Et encore, car il faut savoir que la raison essentielle de
ces enquêtes par les agents du fisc provient de ce que de plus en plus de
groupes politiques extrémistes tentent d’échapper à l’impôt en profitant d’une
législation appliquée de manière laxiste qui leur permet de se faire passer
pour des associations recherchant «le bien être général» («social wellfare»)!
Comme l’expliquent de nombreux commentateurs, le scandale
est bien plus cette règle ainsi que la décision de la Cour suprême (dominée par
les conservateurs), largement critiquée et toujours combattue par les
démocrates, «Citizens united» qui a permis à ces groupes politiques de pouvoir
constituer des associations qui peuvent dépenser sans compter lors des
élections, sans devoir révéler leurs contributeurs (souvent des milliardaires
proches de la droite extrême), ces désormais fameux «super-PAC» (political
action committee) qui gangrènent un peu plus la politique avec l’argent.
Ainsi, Karl Rove, l’ancien conseiller de George W Bush,
célèbre pour avoir inventé la diffamation et le mensonge comme mode de campagne
électorale contre les opposants du Parti républicain est à la tête d’un de ses
groupes les plus puissants qui soi-disant recherche le «bien être général».
Enfin, rien ne dit, en l’état du dossier, que l’administration
des impôts ait agi de manière illégale comme l’a rappelé Steven Miller, son
directeur au moment des faits et qui vient d’être limogé par Barack Obama.
Quant aux deux autres, elles ne méritent absolument pas le
qualificatif de «scandale».
D’abord Benghazi dont certains républicains tentent par tous
les moyens d’en faire le parallèle avec le Watergate (le scandale des écoutes
et du cambriolage du siège du comité démocrate lors de l’élection de 1972 qui
coûta son poste à Richard Nixon, président… républicain).
Il n’y a vraiment rien de commun entre les deux affaires.
Barack Obama n’a commis aucune faute et aucune preuve n’existe sur sa volonté
de cacher quoi que ce soit dans l’attaque du consulat américain, d’autant que
quelques jours après, la Maison blanche expliquait qu’il s’agissait d’un
attentat et que même le président, le jour même de sa perpétration, parlait d’un
«acte de terreur».
Quant aux listing des appels reçus et donnés par certains
journalistes de l’AP qui avaient dévoilé la tentative d’attentat contre un
avion américain, il ne faut pas oublier que depuis le début de son mandat,
Barack Obama a déclaré qu’il ne tolèrerait aucune fuite de son administration
qui mettrait en danger des personnes qui luttent contre le terrorisme et qu’il
ferait en sorte de punir les auteurs de celles-ci tout en s’en prenant également
aux médias qui publieraient ces informations.
De plus, cette action est totalement légale et entre dans le
cadre du Patriot Act, loi certes controversée sur une limitation des libertés
dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, mais écrite et mise en œuvre par
l’Administration Bush…
Dans le cas de cette affaire mais aussi des deux autres, il
est étonnant de voir les journalistes du New York Times, qui semblent avoir une
dent contre Obama, tirer sur le président à boulets rouges pendant l’équipe
éditorialiste (la rédaction et cette équipe sont totalement indépendantes l’une
de l’autre, ce qui est difficilement compréhensible pour les étrangers) lui
apporte un soutien toujours fort.
Cet exemple montre cette ambivalence des journalistes face à
une personnalité politique comme Barack Obama. Son charisme et son intelligence
le rende naturellement sympathique à une grande majorité d’entre eux qui, au
moindre faux pas ou simplement rumeur, tente alors de retrouver une virginité
dans une critique féroce.
Ce qui est sans doute plus essentiel que ces «scandales» et
ces «nouveaux Watergate» comme l’aboient les républicains dans l’espoir que
cela devienne le cas par incantation afin de réaliser leur rêve, chasser du
pouvoir Obama avec la procédure de l’«impeachment» (destitution) qui avait déjà
été brandie lors du vote de la loi sur l’assurance santé (!), c’est que le
climat politique aux Etats-Unis est loin de s’apaiser.
Il suffit de voir la hargne des élus républicains dans les
commissions lors des auditions pour se rendre compte de la volonté de se saisir
de n’importe quelle information pour nourrir leur projet de diaboliser tout ce
qui touche Obama et les démocrates, comme si ceux-ci exerçaient leur pouvoir
par usurpation.
Ce n’est pas nouveau mais on voit bien que les divisions
idéologiques et partisanes, largement portées par les républicains et leurs
factions extrémistes font que les réformes importantes qui doivent être mises
en route (immigration, armes à feu, assurance santé, etc.) ne le sont pas. In
fine, c’est bien les Etats-Unis et les Américains qui en seront les grands
perdants.
En tout cas, les républicains ne vont certainement pas lâche
ces «scandales» du jour au lendemain, car ils ont enfin trouvé des motifs qui,
à a fois, leur permettent d’attaquer Obama, de tout bloquer et de faire jubiler
leur base extrémiste tout en la mobilisant. C’est du pain béni pour eux mais
pas vraiment pour la démocratie et les Etats-Unis…
Alexandre Vatimbella
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