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mardi 9 août 2011

Mais qui note les agences de notation?!



Se rappellera-t-on que la prochaine crise économique, s’il y en a une, sera due à une agence de notation et à sa volonté d’infliger un blâme à des politiques au-delà d’une réalité économique et financière? Que c’est sur des arguments éminemment politiques qu’elle a justifié sa décision de dégrader la note de la dette américaine, ce qui est une première dangereuse et une incongruité, aucune agence privée ne pouvant s’attribuer le droit de dicter à des élus leur conduite. Barack Obama a eu raison de critiquer, de ce point de vue, les agissements de Standard & Poor’s.
Pour autant, il n’est pas question de nier les difficultés économique et financières des Etats-Unis. Ni même de condamner cette «ridicule» et «dégoûtante» (selon les mots mêmes des Américains interrogés par le Pew research center) guéguerre washingtonienne entre démocrates et républicains, ces derniers jouant la politique du pire afin de mettre le président américain dans l’embarras à un peu plus d’un an de la prochaine élection présidentielle. Le crédo de l’extrême-droite du parti républicain, le Tea party (dont les médias et les Américains découvrent enfin le populisme dangereux et haineux) n’est-il pas de faire d’Obama un «one-term president», le président d’un seul mandat?
Néanmoins, la conjoncture était-elle aussi grave pour légitimer la dégradation de la dette américaine comme l’a fait l’agence de notation Standard & Poor’s (décision non suivie, ne l’oublions pas, par les deux autres grandes agences du «Big three», Moody’s et Fitch)? Et, par voie de conséquence, de créer une panique dans les milieux boursiers dont on sait depuis toujours qu’ils sont plus sensibles aux éléments psychologiques qu’aux bilans financiers et aux projections économiques…
Et, surtout, de créer une possible crise économique.
Il semble que non. Les Etats-Unis ont toujours été des débiteurs qui ont remboursé ce qu’ils devaient en temps et en heure, rubis sur l’ongle. La dette américaine a toujours été un placement sans risque adoré par les investisseurs nationaux et internationaux. De plus, celle-ci est très majoritairement détenue par des opérateurs américains.
Alors, qu’est-ce qui a poussé Standard & Poor’s à prendre une décision dont elle savait qu’elle risquerait de causer de très graves dommages à l’économie mondiale? Selon le communiqué de presse de l’agence, c’est l’atmosphère politique de Washington qui pourrait faire en sorte que le pouvoir politique soit incapable de prendre les bonnes décisions concernant la réduction des déficits publics et les bonnes mesures pour relancer l’économie.
Si c’est cela la raison principale, on se demande si S&P ne s’est pas arrogée, comme on l’a dit plus haut, un rôle politique qui dépasse ses attributions car sa seule missions est de noter selon des critères techniques.
Mais l’on pourrait rétorquer, avec raison, que la situation est bien difficile. D’ailleurs, de nombreux économistes - surtout ceux qui voient le verre toujours à moitié vide, il est vrai – s’attendaient à cette dégradation de la dette américaine de triple A à double A+.
Cependant, la justesse des analyses de S&P doit aussi être mise en regard de l’action des agences de notation sur le long terme, depuis leur naissance en 1841 après la crise économique qui frappa l’Amérique en 1837. Cependant, leur essor date du début du XX° siècle et une notation systématique des collectivités publiques, elle, date des années 1970-1980.
Or, l’histoire des agences de notation est jalonnée d’erreurs, de collusions et d’opacité. Ce qui est en total contradiction avec leurs obligations de crédibilité, d’indépendance et de transparence. De plus, elles doivent agir avec responsabilité mais elles ont trouvé le moyen de contourner ce qui pourrait être une source de contentieux, en affirmant qu’elles n’émettent que des «opinions»…
Dès lors, elles peuvent dire n’importe quoi sans risquer d’être traduites en justice et sanctionnées. Pour autant, elles doivent obtenir un agrément de la part des autorités boursières américaines qui leur ont donné, en contrepartie, une importance démesurée. Mais la dernière crise de 2008-2009, la «Great Recession», a montré que ces autorités n’étaient pas au-dessus de tout soupçon.
Et l’on peut égrainer les «opinions» erronées de ces agences, de l’incapacité à prévoir la crise de 1929, de la note triple A donnée à la société Enron jusqu’au jour même de son effondrement pour d’immenses malversations et escroqueries ayant durées des années, à l’aveuglement total sur la survenance de la dernière crise économique déclenchée par une crise des «subprimes» dont elles sont en partie responsable puisque ce sont elles qui ont mis au point avec d’autres les fameux produits de «titrisation» (où l’on mélange allègrement des produits financiers divers et variés, même souvent avariés!), certaines banques n’ayant fait, d’ailleurs, que suivre leurs recommandations.
Sans oublier la dégradation de la note de la Grèce dans les années 1930 par Moody’s qui provoqua un coup d’Etat dans le pays, ce que l’agence regrettera par la suite. Espérons que l’histoire n’est pas seulement un éternel recommencement…
Pourtant, personne ne note les agences de notation malgré leurs erreurs, voire leurs fautes. Depuis 2008, beaucoup estiment qu’il faut renforcer leur contrôle et édicter une réglementation plus contraignante. Certains voudraient même que les notations soient abolies et que seul le rôle de conseil des agences perdure.
D’autant qu’une question se pose: si S&P, au lieu d’émettre une simple «opinion» sur la dette américaine était responsable judiciairement de sa décision de dégrader la note de celle-ci, aurait-elle agi comme elle l’a fait? Mais ceci n’est qu’une simple… opinion!
Alexandre Vatimbella
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