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samedi 31 décembre 2011

L’année 2011 aux Etats-Unis. Politique: blocage / Présidentielle: comédie des primaires républicaines / Economie: fausse sortie de crise et chômage élevé / Social: rébellion OWS et progression de la pauvreté / International: départ d’Irak et mort de Ben Laden / Une année de catastrophes naturelles / Culture: disparition de Steve Jobs / Divertissement: Lady Gaga partout / Evénements les plus suivis par les Américains


L’année 2011 aux Etats-Unis n’aura pas été une des meilleures pour le pays. Un chômage très élevé, une pauvreté en augmentation, des catastrophes naturelles à répétition ont été, avec un blocage politique, les principaux défis auxquels les Américains ont du faire face. Au rayon des satisfactions, il y a, d’abord et surtout, la mort de Ben Laden, traqué depuis dix ans par l’armée et les forces spéciales, les fameux Seals.

Politique: «gridlock»
C’est le blocage («gridlock») qui a été le maître mot en politique cette année aux Etats-Unis. Ce blocage est venu de la victoire des républicains à la Chambre des représentants en novembre 2010, inaugurant un nouvel épisode du «divided government», c’est-à-dire du phénomène de cohabitation.
Mais peut-on parler de cohabitation lorsque la seule volonté de la majorité des élus républicains a été de bloquer toutes les initiatives du président démocrate, Barack Obama, avec une idée unique et fixe en tête, faire de lui un «one term president», le président d’un seul mandat, c’est-à-dire le faire perdre, coûte que coûte et quoiqu’il en coûte au pays, lors de la présidentielle de novembre 2012.
Cette stratégie grossière a été dénoncée par une majorité d’Américains et de commentateurs. Pour autant, cela n’a pas bénéficié à Barack Obama, tout au moins, dans la majeure partie de l’année.
Ainsi, après avoir fait passé de nombreux textes par la session «lame duck» du Congrès (réunissant encore les représentants et les sénateurs de l’ancienne législature alors que les élections ont déjà eu lieu, bizarrerie typiquement US…), il s’est trouvé ensuite presque totalement bloqué dans toutes ses initiatives.
Après avoir affiché une réelle volonté de trouver un véritable consensus avec les républicains qui, du coup, se raidissaient de plus en plus, Barack Obama a changé son fusil d’épaule. Il faut dire que les électeurs démocrates commençaient à critiquer cette volonté de chercher sans relâche un accord avec des républicains qui se moquaient de lui. De même, les Américains, dans leur ensemble, le voyaient de plus en plus comme un président faible, incapable de s’imposer face à la difficulté.
Il a alors attaqué de front les républicains et notamment ceux qui étaient les plus à droite, voire à l’extrême-droite. Dans le même temps, il a fait des propositions modérées et acceptables par tous pour lutter contre la faible croissance, la montée du chômage et pour permettre à la classe moyenne de ne pas voir son pouvoir d’achat trop réduit.
Cette stratégie a été bien reçue par le pays mais les républicains ont, tout d’abord, lutté farouchement contre toute tentative d’accord. Ils ont même menacé de ne plus permettre à l’Etat fédéral de pouvoir emprunter pour rembourser sa dette (ce qu’aucun Congrès n’avait jamais fait depuis la création des Etats-Unis) ou de payer ses fonctionnaires mais aussi les pensions des retraités.
Même s’ils ont du faire machine arrière, ce ne fut qu’au prix de demi-mesures temporaires. Cependant, l’année s’est bien mal terminée pour les républicains qui, une nouvelle fois, se sont opposés aux mesures proposées par le président afin de continuer à faire bénéficier l’énorme majorité des Américains de réduction d’impôts et les chômeurs d’indemnisations. Devant le tollé provoqué par ce nouveau blocage – un mécontentement qui s’est fait jour jusque dans les rangs des républicains -, les élus républicains ont été obligés de faire machine arrière, cette fois-ci piteusement.
Cette retraite a profité à Barack Obama qui a monté dans les sondages et elle lui permettra, peut-être, d’être plus facilement réélu!
Dans ce contexte, le fait que seuls 9% des Américains ont une bonne opinion du Congrès (représentants et sénateurs) n’est guère étonnant…

Présidentielle: Les candidats républicains s’étripent et se déconsidèrent lors des primaires
Barack Obama sera candidat à sa propre succession lors des présidentielles de novembre 2012 même si, au moment où il était le plus bas dans les sondages, des démocrates voulaient un autre candidat pour leur parti (certains d’entre eux le souhaitent toujours mais ils sont très minoritaires).
C’est donc du côté des républicains que la bataille fait rage avec, en 2011, la précampagne pour les primaires, celles-ci ne débutant réellement que le 3 janvier prochain avec le Caucus de l’Iowa.
Pour beaucoup de républicains, le panel de candidats à l’investiture de leur parti est le plus faible que l’on ait vu depuis longtemps. On y trouve, un ex-gouverneur du Massachussetts, Mitt Romney, qui a deux gros handicaps: il est mormon et il a un passé de modéré qu’il renie, en disant qu’il fera comme président le contraire de ce qu’il a fait comme gouverneur sans parvenir à convaincre les républicains les plus durs dont il a besoin pour être le vainqueur de la course... De plus, les républicains évangéliques ne veulent pas d’un mormon comme candidat de leur parti. Pour autant, celui qui avait été battu à plate couture par John McCain lors des primaires de 2008, demeure le favori d’autant qu’il est, certainement, celui qui serait le candidat le plus dangereux pour Barack Obama.
Derrière, on retrouve, dans le désordre, Newt Gingrich, l’ancien «speaker» de la Chambre des représentants au temps de la présidence Clinton, un homme peu aimé des Américains, très suffisant et qui traîne de nombreuses casseroles mais qui a un avantage, ne pas être Mitt Romney! Ces dernières semaines, il est monté en flèche dans les intentions de vote pour les primaires mais connait, en cette fin d’année 2011, un recul car il a été attaqué par tous les autres candidats mais aussi par l’ensemble de l’establishment républicain qui ne veut pas de lui.
Il y a ensuite Ron Paul, un libertarien (un néolibéral de la droite extrême) qui vomit l’Etat fédéral et se présente à l’élection depuis de nombreuses années. Il fait des scores assez importants dans certains Etats mais ne devrait pas être capable de menacer les favoris. Cependant, la grande crainte des républicains, c’est qu’il se présente à la présidentielle comme candidat du Parti Libertarien et qu’il enlève les voix nécessaires au candidat républicain pour battre Barack Obama.
Le gouverneur du Texas, Rick Perry, semble désormais totalement hors-course (mais sait-on jamais) depuis ses bourdes à répétition, lui qui a été le favori pendant un moment et qui entrait dans la course avec la réputation de n’avoir jamais perdu une élection à laquelle il s’était présenté. Cet ancien démocrate devenu un républicain très à droite a craqué lors de tous les débats entre candidats à l’investiture, sa dernière gaffe ayant été d’être incapable de se rappeler d’une des mesures qu’il prendrait une fois président alors que c’est lui-même qui avait entrepris de la présenter…
Michele Bachmann, l’égérie du Tea Party, elle, est en chute libre et ne pourra sans doute même pas peser sur la désignation du candidat. Rick Santorum, l’ancien sénateur de Pennsylvanie, est actuellement loin derrière dans les sondages.
Jon Huntsman, l’ancien ambassadeur en Chine nommé au début de son mandat par Barack Obama et ancien gouverneur de l’Utah, lui n’a aucune chance, il est centriste, une espèce en voie de totale ou presque disparition au Parti républicain. Mais il se place, sans doute, pour la prochaine présidentielle de 2016 (ou il retrouvera, peut-être, face à lui… Hillary Clinton!).
Herman Cain, le roi de la pizza, un moment en tête, a du jeter l’éponge, piteusement, après de nombreuses gaffes politiques et des révélations sur sa vie privée houleuse, tout comme Tim Pawlenty, ancien gouverneur du Minnesota, qui n’avait aucun soutien populaire et, surtout, le fantasque Donal Trump, le magnat de l’immobilier newyorkais, qui s’est déconsidéré dans des attaques outrancières et proches du racisme concernant Barack Obama. Encore que Trump, parait-il, n’a pas abandonné tout espoir de revenir dans la course comme candidat indépendant…
Reste que nombre de républicains espèrent encore que l’oiseau rare va se déclarer dans les premières semaines de l’année 2012. Pour eux, il pourrait avoir le visage de Cris Christie, le gouverneur du New Jersey qui a pourtant affirmé qu’il ne serait pas candidat quoiqu’il arrive (d’autant qu’il a décidé de supporter Mitt Romney officiellement). Ou il pourrait avoir celui de Paul Ryan, le représentant du Wisconsin qui, lui aussi, a décliné les appels à se présenter de ses supporters.

Economie: une fausse sortie de crise et un chômage toujours très haut
L’économie a semblé donner des signes de guérison au début de 2011 mais ceux-ci n’ont pas été confirmés au cours de l’année même si la croissance a été supérieure à celles des autres pays avancés. Néanmoins, elle n’a pas permis de créer les millions d’emplois dont les Etats-Unis ont besoin pour résorber le chômage.
Même si ce dernier est tombé en-dessous de la barre des 9% de la population active en décembre, il est demeuré au-dessus tout au long de 2011, plombant la présidence Obama. Les perspectives pour 2012 ne sont guère enthousiasmantes car même si l’on prévoit une petite baisse, celle-ci ne sera pas substantielle pour redonner l’optimisme aux Américains.
Et la persistance d’un chômage élevé pourrait être aussi la raison essentielle d’une défaite de Barack Obama à la présidentielle de la fin d’année… si les républicains ont trouvé un candidat valable.

Social: rébellion OWS et progression de la pauvreté
Le mouvement Occupy Wall Street est né dans le courant de l’automne dans des circonstances bizarres par un appel à bloquer le centre financier de New York et du monde par un site canadien alternatif et sur le modèle de ce qui s’était passé, à la fois, en Espagne avec les «idignados» (les indignés) et au cours du Printemps arabe.
Les quelques milliers de manifestants qui se sont installés sur une place proche de Wall Street, Zuccotti Park, étaient surtout des jeunes mais pas seulement. Leur campement a été le point de rendez-vous de tous ceux qui, à gauche en priorité, veulent voir les choses changer.
Les syndicats, d’abord méfiants devant un mouvement qui avait plus à voir avec l’anarchisme libertaire qu’avec les luttes sociales traditionnelles, l’ont rejoint pour des manifestations dans le Lower Manhattan et sur le pont de Brooklyn.
Petit à petit, le mouvement s’est étendu dans de nombreuses villes aux Etats-Unis, de Washington à Los Angeles en passant par Oakland, ville dans laquelle les affrontements ont été les plus violents.
Le principal slogan des OWS (Occupy Wall Street) et qui a fait le tour du monde a été «We are the 99%» («Nous sommes les 99% de la population») en réponse aux statistiques qui montrent que les 1% les plus riches ont concentré une part importante de la richesse du pays et n’ont pas arrêté de s’enrichir au cours des dernières années (alors que la majorité, elle, perdait du pouvoir d’achat) surtout grâce aux réductions d’impôt décidées par George W Bush, un des présidents américains les plus idéologues qui ait existé, et sa majorité républicaine au Congrès.
Dans le même temps, les statistiques américaines ont montré une augmentation des pauvres, en particulier de ceux qui bénéficient des tickets alimentaires pour pouvoir se nourrir quotidiennement dans les banques alimentaires et alors que beaucoup de villes sont obligées de couper dans leurs budgets sociaux du fait d’un endettement record. Le problème se pose également dans les cantines scolaires qui permettent à beaucoup d’enfants de manger au moins un vrai repas par jour…

International: le départ d’Irak et la mort de Ben Laden
Barack Obama a tenu parole, les troupes américaines ont définitivement quitté l’Irak avant la fin de 2011 pour la satisfaction de la population mais sans plus.
En revanche, l’élimination par des commandos, les Seals, d’Osama Ben Laden qui «se cachait» (sans doute pas des autorités du pays) au Pakistan a été fêté par une population qui n’a pas oublié les attentats du 11 septembre à New York dont d’ailleurs on a commémoré le dixième anniversaire quelques mois après la mort de leur instigateur.

Une année de catastrophes naturelles.
Feux en Arizona et Texas, sécheresse dans ce même Texas, vague de froid au cours de l’hiver puis vague de chaleur dans le pays au mois de juillet, tornades à répétition dont une particulièrement meurtrière à Joplin dans le Missouri avec 161 morts, tempête sur la côte Est, tornade Irene à New York et, surtout, dans le Vermont en septembre sont quelques uns des phénomènes climatiques extrêmes qui ont frappé les Etats-Unis cette année et qui ont alimenté largement les médias.

Culture: la disparition de Steve Jobs
Mettre la disparition de Steve Jobs, le fondateur d’Apple, dans la rubrique culturelle peut paraître une erreur. Mais, avec la création de l’ordinateur personnel grand public (le MacIntosch) puis avec celle de l’ipod qui a révolutionné la façon dont on écoute la musique puis avec celle de l’iphone qui en a fait de même avec l’utilisation du téléphone et enfin avec l’ipad, Jobs a révolutionné la façon dont nous utilisons culturellement ces outils.
Steve Jobs a été un grand inventeur, non pas par la technologie des produits qu’il a créés mais surtout par sa vision de ce à quoi ils devaient servir. De ce point de vue, il se rapproche de la grande figure de l’invention américaine et mondiale, Thomas Edison.

Divertissement: Lady Gaga partout
Même si elle a partagé le haut de l’affiche avec d’autres et même si la chanteuse Adele a vendu plus d’albums qu’elle, Lady Gaga par son engagement dans la vie et dans la défense de multiples causes est demeurée unique en son genre en 2011.

Les événements les plus suivis par les Américains en 2011
Les événements qui ont le plus intéressés la population sont, selon une étude du Pew research center, dans l’ordre décroissant:
- le tsunami au Japon
- le prix du pétrole et de l’essence
- la mort de Ben Laden
- l’économie
- la fusillade mortelle en Arizona contre la représentante démocrate Gabrielle Gifford
- la bataille sur la fermeture des administrations faute de budget voté par le Congrès
- l’accord sur le relèvement du plafond de la dette fédérale
- les tornades qui ont dévasté le Midwest
- les tempêtes dans le Sud
- la tornade Irene
- le dixième anniversaire du 11 septembre
- les 30 commandos tués en Afghanistan après la chute de leur hélicoptère
- les manifestations en Egypte
- les violences en Libye
- la vague de chaleur en juillet
- les frappes aériennes en Libye
- le débat sur le droit du travail dans le Wisconsin
- la question du chômage
- le retrait des troupes américaines d’Irak
- le scandale pédophile à l’université de Penn State

Alexandre Vatimbella
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