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dimanche 30 décembre 2012

L’année 2012 aux Etats-Unis: victoire d’Obama et la «malédiction Sandy»

L’année qui s’achève aura d’abord été marquée, bien sûr, par la victoire de Barack Obama aux élections présidentielles face au républicain Mitt Romney (mais le Congrès demeure toujours divisé avec une lutte de plus en plus exacerbée entre démocrates et républicains, ces derniers étant toujours majoritaires à la Chambre des représentants).
Mais il ne faut malheureusement pas oublier que 2012 fut aussi l’année de la terrible «malédiction Sandy» avec l’effroyable tuerie de Newton à l’école Sandy Hook et les dégâts catastrophiques sur la côte Est dus à l’ouragan Sandy.
Il y eut, par ailleurs et entre autres, la montée inexorable de l’indépendance énergétique américaine, une économie en voie de guérison mais encore très fragile, la gloire retrouvée du couple Clinton, les scandales Petraeus et Armstrong (Lance) et la disparition d’Armstrong (Neil), le premier homme à poser le pied sur la Lune.
- La réélection plutôt facile de Barack Obama
L’élection du président de la première puissance mondiale est sans conteste un événement international. Et la victoire de Barack Obama en est un autre à plusieurs titres.
En premier lieu parce qu’il est un des seuls gouvernants des pays démocratiques à avoir retrouvé son poste alors que la crise économique et financière est loin d’être terminée.
Et à l’inverse de ce que beaucoup croient, il n’a pas été réélu dans un mouchoir de poche.
Selon les statistiques officielles, il a obtenu 51% des voix contre seulement 47,3% à Mitt Romney, un écart de presque 4% et de près de cinq millions de voix. De même, il a remporté une majorité d’Etats dont tous ceux, à part le Texas, qui sont les plus peuplés. Sans oublier les 332 grands électeurs face aux 206 de son rival républicain.
En second lieu parce qu’il a fait mentir tous les statistiques et précédents qui voulaient qu’un président américain ne pouvaient être réélus avec une situation économique aussi difficile.
Les commentateurs sont allés chercher tout ce qui pouvait démontrer l’impossibilité pour Barack Obama de retrouver le Bureau ovale. In fine, les électeurs les ont démentis sans appel…
En troisième lieu parce que son élection en 2008 en tant que premier noir (afro-américain) et membre d’une ethnie minoritaire à accéder à la Maison blanche était déjà historique mais que sa réélection, du fait des difficultés des Etats-Unis, des attaques outrancières des républicains notamment du mouvement de la droite extrême du Tea Party qui l’a comparé à Hitler et Staline ainsi que le blocage voulu et assumé des élus républicains au Congrès pour le faire chuter, l’est encore plus.
Ainsi, s’il avait été battu le 6 novembre dernier, on aurait tôt fait d’affirmer que sa victoire de 2008 n’avait été en réalité, non pas un accident de l’histoire, mais qu’un épisode conjoncturel et exceptionnel rendu possible par des circonstances particulières telles la désastreuse fin de la présidence de George W Bush (n’importe quel démocrate devait l’emporter face au candidat républicain selon les analystes politiques) et à la volonté des Américains de retrouver une dignité et une moralité, ce qui avait abouti à l’élection d’un jeune sénateur sans grande expérience et afro-américain.
Sa réélection, a contrario, démontre qu’il ne s’agissait pas d’un événement unique et hors du commun.
La raison en vient, en grande partie, du formidable charisme de Barack Obama (tous les sondages ont montré que les Américains aimaient l’homme même s’ils critiquaient sa politique) allié toutefois avec un changement profond dans la société américaine au niveau des mentalités mais surtout dans l’évolution de la population américaine, toujours plus urbaine et plus métissée avec, en outre, la montée en puissance de groupes ethniques tels les afro-américains ou les asiatiques et, évidemment les latinos qui ont voté à plus de 75% pour Obama.
En quatrième lieu parce qu’il est un centriste et que toute réélection d’un centriste est toujours ardue car il doit défendre un bilan face aux attaques dures venues de sa droite et de sa gauche.
Barack Obama a ainsi pratiqué pendant quatre ans une approche de la politique par la voie du juste équilibre et du consensus le plus large, se heurtant aux critiques des libéraux (gauche) et des conservateurs.
Pourtant, il a continué sur cette voie qu’il a défendue pendant la campagne électorale.
De ce point de vue, sa victoire est aussi celle du Centre même si, paradoxe, on comptera moins de centristes élus à la Chambre des représentants et au Sénat.
Mais cette anomalie vient des pratiques très contestables de charcutages électoraux réalisés par les congrès de chaque Etat de l’union et qui aboutissent à des circonscriptions qui, aujourd’hui, avantagent largement les républicains.
Car si ces derniers ont remporté largement les élections à la Chambre des représentants en nombre d’élus, ils les ont perdues en vote populaire…
- Tueries à Newton et Aurora
Les Etats-Unis ont été frappés par deux tueries de masse particulièrement sanglantes et horribles.
La première, chronologiquement parlant, s’est déroulée le soir du 19 juillet dans un cinéma d’Aurora, dans la banlieue de Denver (Colorado) lors d’une des premières du nouvel épisode de la saga de Batman «The Dark Knight Rises». Elle a fait douze morts et cinquante-neuf blessés.
Elle est due à James Holmes, 24 ans, qui l’avait minutieusement planifiée et qui avait même piégé son appartement avec des explosifs afin de faire encore plus de victimes. Contrairement à beaucoup de tueurs de masse, il ne s’est pas suicidé et a été arrêté par la police sur la parking du cinéma.
Le 14 décembre a eu lieu la deuxième et la plus épouvantable car elle a tué majoritairement des enfants de 6 et 7 ans dans l’école de Sandy Hook à Newton (Connecticut).
Un jeune homme instable de vingt ans, Adam Lanza, après avoir tué sa mère, s’est emparé de ses armes et a pénétré dans une école élémentaire tuant vingt-six personnes dont vingt enfants avant de se suicider.
Elle a eu un retentissement énorme dans le monde entier.
Barack Obama a déclaré qu’il s’agissait du pire jour de sa présidence et a pleuré lorsqu’il est intervenu à la télévision pour réagir à cette tuerie.
Un drame qui a enfin rouvert la discussion sur le port d’arme aux Etats-Unis, notamment en ce qui concerne les fusils d’assaut, James Holmes et Adam Lanza en ayant utilisé un pour cribler de balles leurs victimes.
Une majorité d’Américains sont désormais d’accord pour réglementer le port de ces armes mais il n’y a pas de majorité, loin de là, pour interdire la vente libre d’armes à feu.
Reste que la partie sera difficile pour Barack Obama qui a déclaré qu’il se battrait pour qu’une législation restrictive soit votée par le Congrès.
Il a missionné pour ce faire son vice-président Joe Biden. Mais celui-ci aura fort à faire avec le lobby pro-armes mené par la NRA (National rifle association) qui n’a rien trouvé de mieux que de tenir une conférence de presse quelques jours après le massacre de Newton pour affirmer que toute la société était responsable de la mort des vingt enfants sauf les armes à feu! Et, provocation indécente, de proposer que toute école soit dorénavant sous la protection de gardes armés…
- Le dévastateur ouragan Sandy
En 2011, New York et sa région était menacé par un ouragan, Irene, et l’on promettait à ses habitants une véritable catastrophe.
Heureusement, cette dernière n’eut pas lieu et l’on ne déplora aucune victime dans la mégalopole.
Du coup, quand les mêmes autorités vinrent dire aux Newyorkais que l’ouragan Sandy pourrait causer de très nombreux dégâts et tuer nombre d’entre eux, sceptiques, ils ne les ont pas crues.
Et ils ont eu vraiment tort car Sandy a dévasté New York City mais l’Etat de New York et celui du New Jersey ainsi que six autres Etats de la côte Est du pays.
Il a causé 131 morts dont 43 pour la seule ville de New York (53, dans l’Etat de New York, 37 dans le New Jersey et 13 en Pennsylvanie).
Ce sont le Queens (avec un feu géant qui a détruit une centaine de maisons dans le quartier d Rockaway) et, surtout, Staten Island qui ont été les deux boroughs les plus touchés. Le bas de Manhattan a également beaucoup souffert.
Ainsi, la capitale du monde a connu des heures difficiles avec des inondations, des coupures d’électricité et de chauffage et un nombre important de maisons détruites ou irrémédiablement endommagées.
En cette fin 2012, la situation n’est pas encore revenue à la normale, loin de là, dans les coins les plus touchés.
- Le nombre d’homicides au plus bas à New York depuis 1963
Le nombre de meurtres à New York a été de 414 au cours de 2012. C’est le chiffre le plus bas depuis 1963, c‘est-à-dire depuis que les statistiques existent!
Allant de pair, le nombre de fusillades est également à son plus bas niveau depuis dix-huit ans.
Quant à la politique restrictive des armes à feu déployée par le maire, Micahel Bloomberg, ardent défenseur de l’interdiction du port d’arme, elle semble porter ses fruits puisque seulement 237 des meurtres sont imputables à une arme à feu et huit mille d’entre elles ont été saisies l’année dernière dont 800 étaient détenues illégalement.
Cerise sur le gâteau, Michael Bloomberg a comparé le taux de meurtre dans les vingt-cinq plus grandes villes américaines et New York arrive en tête.
Peu de gens le savent (parmi eux, la plupart des Newyorkais), mais il n’y a pas eu de meurtre dans Central Park depuis des années, ce qui en fait un des endroits les plus sûrs de la ville. On peut même s’y promener la nuit en toute sécurité…
- L’économie va mieux et le pays sera bientôt autosuffisant énergétiquement
Ce n’est pas encore le retour des beaux jours mais l’économie américaine va de mieux en mieux avec une croissance entre 2% et 3%, une confiance retrouvée dans de nombreux secteurs et un avenir qui semble se dégager, notamment avec le boum de la production de gaz et de pétrole, en particulier ceux extraits des roches du pays par la méthode du fracking et qui va permettre aux Etats-Unis de redevenir un pays d’abord autosuffisant puis exportateur dans ces deux domaines dans les années qui viennent.
Car, si les Américains produisent de plus en plus de pétrole et de gaz, ils en consomment, dans le même temps, de moins en moins.
Résultat, ils ont réduit leurs importations de pétrole du Golfe persique de 20% en trois ans. Et ils sont déjà exportateurs nets de produits raffinés depuis 2011. Une première depuis soixante-trois ans et la présidence d’Harry Truman!
Merci donc au fracking mais aussi aux forages en haute mer et à l’extraction de gaz et de pétrole dans des endroits où il était trop difficile et/ou trop coûteux de le faire auparavant. La montée inexorable des prix ces dernières décennies, couplée avec l’innovation technologique permettent désormais d’entre faire un business rentable.
Sans oublier que cela, à terme, va changer les priorités de la politique étrangère américaine qui n’aura plus, comme priorité, de sécuriser les routes d’approvisionnement du pétrole et du gaz au Moyen Orient puisque cette énergie sera destinée à l’Europe et à la Chine, plus aux Etats-Unis.
- Les Giants champions à New York et… San Francisco
La franchise des Giants est, depuis 1958, divisée en deux, lorsque l’équipe de baseball décida d’émigrer, fin 1957, à San Francisco (face à la concurrence trop forte des Yankees, les Dodgers faisant de même en émigrant, la même année, à Los Angeles), celle de football américain demeurant à New York.
De manière tout à fait extraordinaire, en 2012, les Giants de New York ont remporté le Superbowl (la finale, qui est l’événement télévisuel le plus regardé de l’année) en devenant «champion du monde» de football américain, en février, et les Giants de San Francisco ont remporté les «world series» en devenant «champion du monde» de baseball, en novembre.
Moins brillant, les Giants de New York, après une saison 2012-2013 très décevante, on déjà perdu leur titre en ne se qualifiant même pas pour les play-offs lors de la dernière journée du championnat, le 30 décembre.
Une des équipes favorites pour leur succéder comme vainqueur du Superbowl sont les 49ers de… San Francisco.
- Bill et Hillary Clinton
En 2012, le couple Clinton est de nouveau superstar, à moins qu’il ne le soit toujours demeuré…
Alors que l’on loue les quatre ans d’Hillary passés à la tête de la diplomatie américaine et que l’ensemble des pundits (experts) prédisent qu’elle sera élue première femme présidente des Etats-Unis en 2016 si elle veut se présenter, son mari a fait un comeback retentissant dans le monde de la politique lors de la Convention démocrate en prononçant un discours qui fera date et qui a donné à Barack Obama un coup de pouce non-négligeable pour sa réélection à la Maison blanche.
- La déchéance d’Armstrong et Petraeus
Aux Etats-Unis, on peut devenir, du jour au lendemain, un héros ou une star, plus facilement que partout ailleurs. Mais, de même, plus facilement qu’ailleurs, on peut chuter lourdement du jour au lendemain (et, plus qu’ailleurs, on peut également revenir sur le devant de la scène après une chute retentissante).
C’est ce qui est arrivé à deux personnages de premier plan, le héros militaire David Petraeus et la star du vélo Lance Armstrong.
Le premier, directeur de la CIA après avoir été le commandant en chef de l’armée en Irak puis en Afghanistan et qui se voyait bien à la Maison blanche dans quelques années, a du démissionner après avoir avoué une romance extraconjugale avec sa biographe et avoir agi de manière peu appropriée pour le chef des renseignements américains.
Le deuxième, superstar de la bicyclette mais aussi des médias par sa victoire héroïque sur le cancer et par la création de sa fondation pour aider les malades de cette terrible maladie, a enfin été confondu par l’agence antidopage américaine - qui s’intéressait à son cas depuis des années - pour avoir pris des substances interdites et il s’est vu retirer ses sept Tours de France.
Alexandre Vatimbella
© 2012 LesNouveauxMondes.org

samedi 22 décembre 2012

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. L’Amérique des «tueurs de masse»

Lorsque l’on lit le livre d’Olivier Hassid et de Julien Marcel, «Tueurs de masse» (*), publié après la tuerie d’Aurora (Colorado) mais avant celle de Newton (Connecticut), on est frappé par la longue, trop longue liste, de ces tueries aux Etats-Unis depuis 1984, bien plus longue que celle que l’on voit dans les autres pays du monde.
Cette «spécialité» américaine – des tueries de ce genre ont eu lieu dès le XIX° siècle - est hallucinante à bien des points de vue.
D’abord, elle a lieu dans la première puissance mondiale de la planète.
Comment se fait-il que, dans un pays avancé et, quoi qu’en disent ses détracteurs, civilisé ainsi que policé, on aboutisse à ce bilan terrible et injustifiable?
Ensuite, elle met en scène souvent des gens «ordinaires» à l’inverse des «serial killers» (une spécialisé encore largement américaine…).
Enfin, elle provoque une émotion intense d’une population qui, paradoxalement, très rapidement, passe à autre chose comme s’il s’agissait, à la fois, d’une malédiction et d’une fatalité dont on ne peut se défaire ainsi que la conséquence de la violence constitutive de la société américaine.
Pourtant des explications existent.
L’une d’entre elles, selon Olivier Hassid et Julien Marcel, est que «les Etats (des Etats-Unis) à une forte précarité et dont la population est diplômée sont les plus vulnérables aux risques de mass shooting. Autrement dit, là où l’American way of life ne fonctionne pas, là où finalement la réussite scolaire ne rime pas avec une forte probabilité de réussite professionnelle, le risque est élevé que les individus cherchent à se faire justice en tirant dans la masse, même si cela reste des cas isolés».
Comprendre, c’est permettre d’éviter. C’est d’autant plus urgent que les tueurs de masse sont de plus en plus déterminés et, surtout, équipés d’armes de plus en plus meurtrières comme le fusil d’assaut utilisé par Adam Lanza à l’école élémentaire Sandy Hook de Newton.
Le débat fait actuellement rage aux Etats-Unis sur la meilleure façon d’éviter que des enfants de six et sept ans soient littéralement criblés de balle par un jeune homme aux problèmes psychologiques importants qui n’intéressaient personne à part sa mère (qui, pourtant, ne se privait pas de l’amener dans des stands de tir…).
Barack Obama a proposé de limiter l’achat d’armes aussi dangereuses que les fusils d’assaut et la société américaine semble assez pour.
Un sondage du Pew research center montre que seulement 49% des personnes interrogées sont pour une législation limitant la possession d’arme à feu (et notamment les fusils d’assaut) contre 42% qui souhaitent que l’on garantisse d’abord le droit de porter une arme.
Reste que, si l’on veut positiver ce résultat, c’est la première fois depuis l’accession d’Obama à la présidence qu’il y a plus de personnes en faveur d’une législation restrictive que d’une permissivité totale.
Pour autant, il y avait, auparavant et pendant de nombreuses années, une très forte majorité de personnes qui souhaitaient une législation restrictive.
Pour toute réponse à la tuerie de Newton et à la proposition pourtant peu révolutionnaire d’Obama (une telle législation avait déjà été mise en place entre 1994 et 2004), la NRA (l’association qui défend les possesseurs mais surtout les fabricants d’armes), avec son cynisme habituel, propose, non pas de réguler les ventes d’armes mais de mettre des gardes armés devant toutes les écoles du pays!
Son vice-président, Wayne LaPierre a eu cette formule incroyable - que l’on imagine très bien sortir de la bouche de Ronald Reagan (durant son parcours d’acteur) dans un western de série B - lors d’une conférence de presse, «la seule chose qui peut arrêter un méchant avec une arme est un gentil avec une arme».
Une provocation évidente et une inversion de la problématique qui montrent que le lobby des armes à feu n’a pas peur du ridicule et qu’il n’est pas prêt d’adopter une position plus responsable. Sans doute parce qu’il sait qu’il bénéficie encore d’un large mouvement d’opinion en faveur des armes à feu…
Pour autant, il ne faudrait pas oublier tout ce qui concourt au passage à l’acte et au fait d’utiliser une arme.
Dans leur conclusion, Olivier Hassid et Julien Marcel estiment que «ces actes atroces sont traumatisants pour l’ensemble d’une société. Leur caractère soudain et inexplicable nous expose à un fort et rare sentiment d’impuissance. Les tueries de masse obligent toutes nos sociétés à s’interroger sur leur mode de fonctionnement (valorisation de la performance individuelle, de la mobilité, de la compétitivité…), confrontées à la difficile équation consistant à favoriser la liberté individuelle tout en réduisant le risque de désinsertion sociale».
Alexandre Vatimbella

(*) Tueurs de masse, Olivier Hassid & Julien Marcel, 2012, Edition Eyrolles, 18€

© 2012 LesNouveauxMones.org

mercredi 19 décembre 2012

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. Faisons-nous assez pour protéger nos enfants?

Après la tragédie de Newton aux Etats-Unis, revient en mémoire ce que disait si justement Albert Camus: «ce n’est pas la souffrance de l’enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée».
Celle-ci rappelle également que la place de l’enfant dans la société est une question fondamentale.
Car, ainsi que l'affirme le grand spécialiste de l’enfance, Jean-Pierre Rosenczveig, «c’est à la place fait aux enfants que l’on juge une société et sa culture».
Et le constat n’est pas forcément très brillant…
Dans cette optique l’interrogation de Barack Obama devant les parents éplorés des vingt enfants assassinés à l’école Sandy Hook de Newton (Connecticut) est essentielle: «nous devons nous demander si nous faisons assez pour protéger nos enfants».
Tout aussi essentielle est sa réponse: «si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, la réponse est non».
Mais elle n’est pas simplement négative aux Etats-Unis, elle l’est également dans le monde entier, un monde qui n’est souvent pas fait pour les enfants, un monde qui souvent n’est pas accueillant pour le nouveau-né, un monde qui préfère souvent détourner le regard devant la détresse et la douleur des enfants, un monde qui instrumentalise les enfants, qui en fait trop souvent des objets voire des marchandises.
Pourtant, nous affirmons tous, tous les jours, dans une belle unanimité que les enfants sont les êtres que nous chérissons le plus et que nous sommes prêts à tout pour leur sécurité, même à sacrifier nos vies pour cela.
Les vingt petits enfants de six à sept ans abattus par un jeune homme de vingt ans avec un fusil d’assaut sont là pour démontrer que nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
Non pas que nous puissions éviter à coup sûr ce genre de massacre épouvantable et qui jalonne l’histoire de l’humanité comme autant d’épisodes honteux de nos civilisations.
Mais c’est dans la réponse globale, dans les décisions importantes que se trouve une grande partie de la solution.
L’Unicef milite ainsi pour que «l’intérêt supérieur des enfants» soit le «critère primordial de gouvernance».
Cela supposerait une vraie révolution dans la manière d’envisager cette gouvernance car chacun de ses aspects «peut affecter les droits de l’enfant».
L’organisation internationale poursuit en expliquant «que les décisions concernent la fiscalité ou le commerce, la diplomatie ou l’endettement, il n’existe pas de politique, loi, budget, programme ou plan qui soit ‘neutre pour les enfants’. Le premier défi pour les Etats parties consiste donc à évaluer les conséquences sur les enfants de toute la gamme de leurs actions législatives et administratives. Le second consiste à s’assurer que les budgets, politiques et programmes appliquent les principes de la Convention des droits de l’enfant sous tous ses aspects. Au niveau national, les budgets et les programmes, en particulier, devraient classer par ordre de priorité les services qui sont essentiels pour faire respecter le droit des enfants à la survie, au développement, à la protection et à la participation. Ces efforts devraient permettre de mobiliser et coordonner les ressources des secteurs publics et privés tout en surveillant la situation des droits de l’enfant à l’intérieur des pays et des communautés.»
Ainsi, par exemple, personne ne prétend qu’Adam Lanza, dans sa folie et sa volonté de tuer, n’aurait pu trouver les armes pour perpétrer son acte innommable.
Cependant, si les Etats-Unis avaient des lois strictes contre la possession d’armes, au minimum pour ce qui est des fusils d’assaut, son dessein criminel aurait eu beaucoup plus de mal à se concrétiser.
A la lumière de ce que l’on vient de dire, la réponse à la question «faisons-nous assez pour protéger nos enfants», est évidemment non, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes…
Si le martyr de ces vingt petits enfants pouvait servir à ce que les adultes agissent en personnes responsables et non en êtres totalement incapables de faire face aux grands défis de l’humanité, alors ils ne seraient pas morts en vain.
Malheureusement, même si une prise de conscience à l’air de d’émerger aux Etats-Unis, il n’est nullement sûr qu’une législation restrictive voit le jour (Barack Obama vient de se prononcer contre les ventes d’armes d’assaut, une mesure déjà votée… en 1994 sous la présidence de Bill Clinton mais qui n’avait pas été pérennisée par le Congrès à majorité républicaine en 2004 au moment où cette interdiction venait à expiration).
Peut-être même qu’une fois passées l’émotion, la douleur et la rage, les défenseurs des armes à feu et leurs arguments fallacieux reprennent du poil de la bête et s’opposent avec succès à toute règlementation.
Souvent, lorsque les adultes sont des irresponsables, on dit qu’ils agissent comme des enfants.
C’est, à la fois, insultant et, surtout, faux.
Car les enfants ont cet amour et cette empathie vis-à-vis des autres qui feraient que, s’ils avaient le pouvoir, les armes, toutes les armes, seraient supprimées immédiatement.
Alors, nous les adultes, quand allons-nous agir comme des enfants?!
Alexandre Vatimbella
© 2012 LesNouveauxMondes.org

vendredi 14 décembre 2012

Bataille autour d’internet: une alliance du monde libre pour protéger le web

Les pays totalitaires et autoritaires n’aiment pas internet, c’est bien connu. Ou, en tout cas, ils détestent la liberté du web, celle qui permet la libre-parole ainsi que la dénonciation des droits de l’homme, de la violence et de la corruption.
Une belle brochette d’entre eux, l'Algérie, l'Arabie Saoudite, la Chine, l'Egypte, les Emirats-Arabes-Unis, la Russie et le Soudan, ont donc décidé de demander que les Etats puissent désormais contrôler le réseau.
Sous couvert de dénoncer la primauté des agences américaines qui le gère aujourd’hui, ils ont élaboré une proposition qui a circulé à Dubaï où se sont réunis les 193 pays membres de l’ITU (International telecommunication union). Celle-ci demande expressément que tous les Etats bénéficient de droits égaux afin dans la gestion de la toile.
On comprend très bien l’intérêt pour le Parti communiste chinois, pour Vladimir Poutine ou encore pour les régimes islamistes au pouvoir à Ryad ou au Caire de contrôler ce qui circule sur internet et de faire le tri selon ce qui les arrange.
Bien entendu, la liberté qui règne sur internet et l’absence de (auto)régulation produit le meilleur comme le pire avec les sites de haine et pédophiles, entre autres.
Néanmoins, pour ces pays, ce pire n’est évidemment pas la raison de leur mobilisation mais il s’agit pour eux qu’internet parle d’une seule voix, la leur, tout au moins chez eux.
Dès lors, comme le préconise Bernard Benhamou, délégué aux usages d’internet au ministère charge des PME, de l’innovation et de l’économie numérique, il faut que se noue une alliance transatlantique (Etats-Unis-Europe) pour défendre la liberté sur le web mais aussi pour mettre en place une véritable législation de protection de la vie privée des internautes face au développement des outils qui permettent de tout connaître ou presque de chacun d’eux.
Selon ses propos, lors d’une conférence du Centre d’analyse stratégique sur la «cybermondialisation», les pays comme la Russie et la Chine essayent de mettre internet «sous tutelle» des Etats ce qui provoquerait, à la fois, la «balkanisation» de celui-ci ainsi que sa «fragmentation». «Remettre en cause l’unité d’internet serait, poursuit-il, dangereux économiquement, politiquement et socialement».
Cette proposition de mettre internet sous tutelle étatique est refusée par tous les Etats démocratiques qui se sont, pour l’occasion et alors que des différends les opposent, rangés derrière les Etats-Unis afin de défendre le principe de liberté même s’ils sont souvent critiques sur l’appropriation par les Américains de la gestion du web.
Pour autant, la vigilance doit être de mise car les outils de contrôle et de censure deviennent, également, de plus en plus sophistiqués même s’ils ne parviennent pas à faire taire totalement les internautes qui, comme on le voit en Chine et en Russie, ont pour l’instant, toujours un temps d’avance.
Alexandre Vatimbella
© 2012 LesNouveauxMondes.org

dimanche 9 décembre 2012

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. Les Américains et les Chinois se méfient de plus en plus les uns des autres

Comme l’écrit Bruce Drake du Pew Research Center, «du fait que la compétition économique et géopolitique s’intensifie entre les Etats-Unis et la Chine, les Américains et les Chinois ont durci leurs vues à propos des uns et des autres».
Ainsi, les dernières enquêtes d’opinions reflètent cette montée en puissance d’une méfiance entre les deux peuples.
Dans l’étude annuelle du German Marshall Fund, les Américains sont, derrière les Français (!), ceux qui estiment le plus que la Chine représente une menace économique (59%), plutôt qu’une opportunité (30%).
De même, ils voient majoritairement (51%) la Chine comme une menace militaire.
Il est également intéressant de noter que les Américains estiment qu’ils ne partagent pas les mêmes intérêts (47% contre 46%) avec la Chine pour pouvoir coopérer ensemble sur les problèmes internationaux.
A noter qu’ils sont 46% contre 45% à affirmer que les deux pays partagent des valeurs communes afin de coopérer internationalement.
Pour autant, et cela vient en contradiction avec la volonté de Barack Obama de réorienter la politique étrangère des Etats-Unis en priorité vers l’Asie, 55% des Américains disent que l’Union européenne est plus importante que l’Asie (un renversement de 17 points en un an) et que les pays européens sont plus importants pour leurs intérêts vitaux que ceux d’Asie (54% contre 29%).
Cela est confirmé par un sondage du Pew Research Center qui montrent que 65% des Américains font peu ou pas du tout confiance à la Chine et que 66% d’entre eux estiment qu’elle est un concurrent, 15% un ennemi et 16%, seulement, un partenaire.
Les Chinois ne sont pas en reste avec leur vision des Etats-Unis.
Ainsi, 48% voient ces derniers de manière défavorable et seulement 43% favorablement, un retournement de situation puisque en 2010 les chiffres respectifs étaient 37% et 58%.
Dans le même esprit, de 2010 à 2012, les Chinois qui avaient confiance en Obama sont passés de 52% à 38% et ceux qui n’ont pas confiance de 30% à 41%.
En outre, la relation avec les Etats-Unis est désormais vue comme de coopération par 39% des Chinois contre 68% en 2010 (une chute de 29 points) et d’hostilité par 26% (contre 8% seulement en 2010).
Du côté américain, on est passé, en un peu plus d’un an, d’une volonté de renforcer les relations avec la Chine (53% en mars 2011 contre 40% pour une plus grande agressivité) à celle d’être plus agressif vis-à-vis d’elle (49% en octobre 2012 contre 42% pour le renforcement des relations).
Evidemment, ces mauvais chiffres ne sont pas de bon augure pour le futur des relations entre les deux pays d’autant que les sujets de friction se multiplient, que ce soit sur le terrain géoéconomique, géopolitique, militaire, diplomatique et des valeurs politiques.
La récente réélection de Barack Obama est pourtant une bonne nouvelle pour les relations américano-chinoises car les démocrates sont nettement moins virulents que les républicains.
En revanche, les nouveaux dirigeants désignés par le dernier congrès du Parti communiste chinois n’ont guère le profil de réformateurs et de personnalités ouvertes aux discussions et aux compromis.
Néanmoins, première et deuxième puissances économiques (mais aussi depuis peu les Etats-Unis sont devenus le premier client de la Chine qui est toujours le pays qui détient le plus de dette publique américaine), les deux pays sont obligés de s’entendre ou, en tout cas, de trouver des ententes afin d’éviter une dégradation de leurs relations qui pourraient avoir de graves conséquences sur les équilibres mondiaux et sur la globalisation.
Alexandre Vatimbella
© 2012 LesNouveauxMondes.org