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dimanche 1 janvier 2012

L’année 2011 de la mondialisation. La crise n’a pas débouché sur une gouvernance mondiale même embryonnaire


2011 a été une année bizarre pour la mondialisation. Elle a commencé avec des espoirs de sortie de crise et de retour d’une croissance forte et s’est terminée avec des craintes de la possible survenance d’une des plus graves crises économique et sociale que l’humanité ait jamais vécue avec la quasi-faillite de plusieurs Etats européens.
Et les révolutions et révoltes qui ont embrasé la planète, de la Tunisie aux Etats-Unis, de l’Egypte à l’Espagne, de la Libye à la Syrie en passant, plus ou moins, par tous les pays ont été, en partie, la marque d’un profond désarroi des populations devant les difficultés qui s’amoncèlent et qui détruisent à petit feu leur foi dans le progrès et l’avenir.
Il faut dire que la situation a de quoi inquiéter avec des taux de croissance largement en baisse, voire négatifs, un chômage qui ne veut pas baisser et qui augmente même dans de nombreux pays, une pauvreté qui cesse de reculer dans certaines parties du mondes et, notamment, dans les pays les plus avancés.
D’autant que, devant les périls, les dirigeants ont été plus qu’irresponsables. Le chacun pour soi, qui ne pourra même pas éviter les plus forts de trinquer, a été de mise et les «sommets de la dernière chance», tant au niveau mondial pour sauver la croissance qu’au niveau européen pour sauver l’euro se sont succédé et n’ont débouché, au mieux, que sur des demi-mesures largement insuffisantes, au pire, sur aucune mesure à la hauteur de la situation.
Le pire ne survenant pas toujours, l’effondrement n’a pas eu lieu en 2011. Mais il a peut-être été simplement reporté à 2012 car les menacent planent toujours au-dessus de la tête de tous les habitants de la planète, de la Chine au 9% de croissance à la Grèce à la croissance largement négative, de l’Europe qui, décidément, laisse passer sa chance à chaque fois qu’un événement historique lui permettrait, enfin, de passer à l’étape supérieure de son union, aux Etats-Unis où les politiciens de bas étage ont tout fait pour bloquer le pays au risque de l’amener au bord du précipice.
2012 sera sans doute une année charnière car la plupart des problèmes cruciaux qui ont vu le jour en 2011 n’ont pas été réglé, certains remèdes ayant été remis à plus tard, un plus tard qui ne devrait pas tarder à être le présent…
Gouvernance mondiale: malgré l’état du monde, pas d’avancées notables
G20, Nations unies, FMI (Fonds monétaire international), Banque mondiale, OMC (Organisation mondiale du commerce), Union européenne, etc. toutes les institutions supranationales mises en place pour prendre des décisions pour le bien de l’humanité, n’ont guère profité d’un monde en quête de sens et d’unité pour faire face avec courage et responsabilité aux défis de ce début de XXI° siècle (crise économique, guerres, réchauffement climatique, pollution, raréfaction des matières premières, pauvreté, etc.).
Pire, elles ont montré leurs limites, ce qui a abouti à remettre à la mode les accords bilatéraux ou multilatéraux entre plusieurs pays partageant les mêmes préoccupations, laissant les autres se débrouiller seuls. Des accords que même l’OMC prône désormais devant le blocage de ses «rounds» de négociation qui impliquent une unanimité de ses membres. Des accords qui vont sans doute mettre à mal la sacro-sainte unanimité en cours dans l’Union européenne où l’on voit se dessiner une Europe à plusieurs vitesses avec ceux qui ne sont pas dans l’Union, ceux qui y sont mais ne sont pas dans la zone euro et ceux qui sont dans cette zone (ou qui y seront encore dans quelques mois, à moins que, tout simplement, plus personne n’y soit…).
Globalisation économique: ralentissement des échanges et de la croissance
La globalisation (mondialisation économique) a été mise à mal par la crise avec le ralentissement des échanges internationaux mais aussi avec le repli sur soi de nombreux pays qui ont pris des mesures protectionnistes (comme en Amérique latine ou en Hongrie) ou qui vont en prendre (comme en Chine) ou qui souhaitent en prendre (comme la plupart des pays européens). En France, par exemple, les slogans les plus populaires, fin 2011, étaient «acheter français», «produire français», «relocaliser français»…
Or, tous les économistes sérieux le savent bien, le protectionnisme ne permet pas de sortir des difficultés économiques mais contribuent plutôt à plonger le monde dans la crise. Malheureusement, les décisions prises en la matière sont souvent plus d’ordre démagogique et psychologique que rationnelles et responsables. C’est pourquoi elles sont extrêmement populaires (populistes) mais aussi terriblement dangereuses.
Etats-Unis: une année difficile
Le blocage voulu par le Parti républicain après qu’il ait gagné les élections de «mi-mandat» en reprenant le contrôle de la Chambre des représentants a fonctionné à plein régime. Toutes les mesures pour affermir une sortie de crise qui pointait son nez début 2011 ont été retoquées par des républicains qui ont fait de la défaite de Barack Obama à l’élection présidentielle de 2012 leur seul but.
De même, le refus de voter le budget et, surtout, de relever le niveau de la dette fédérale ont eu un impact dévastateur qui a fait perdre le «triple A» attribué à l’économie américaine par l’agence Standard & Poor’s (même si cela n’a pas eu d’impact important et que les deux autres agences de notation n’ont pas suivi celle-ci, gardant leur confiance dans l’économie du pays).
Du coup, il a été impossible pour l’Administration de mettre en place une politique efficace et de lutter contre le fléau numéro un, le chômage, qui est demeuré à un niveau très élevé tout au long de l’année, au-dessus de 9% (avec, néanmoins, une baisse notable en décembre à 8,7%).
Reste que les Etats-Unis demeurent une place forte malgré tous les problèmes qu’ils rencontrent. En témoigne la bonne santé du dollar face à toutes les monnaies mondiales dont l’euro en 2011. Ce qui ne fait pas forcément l’affaire des exportations américaines…
Union européenne: proche de l’éclatement ou d’un fédéralisme?
L’Union européenne semble, une nouvelle fois, devant son destin. Ou les pays qui en font partie décident d’approfondir leur union, ou le risque est grand de voir l’implosion de cette grande aventure qui a tant contribué à la prospérité et à la paix du continent européen depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale et qui a été un modèle pour le monde entier (qui a tenté de le copier sans jamais y parvenir).
La disparition de l’Europe serait un drame pour la planète, ravivant des tensions sur un continent qui a connu tant de guerres et démontrant à l’Humanité l’incapacité de bâtir dans le temps un monde plus sûr et plus stable.
Cependant, l’irresponsabilité des dirigeants européens semble conduire, au moins, à un affaiblissement de l’Union européenne au moment où elle serait tant nécessaire pour affronter la mondialisation et permettre à tous ses membres d’en être des gagnants alors qu’ils se dirigent tout droit vers la case «perdants».
Emergents: une montée en puissance
Les pays émergents continuent à monter en puissance même si la crise ne les a pas épargnés. Ainsi, les taux de croissance de nombre d’ente eux ont chuté, notamment dans les pays du Brics (voir plus bas).
Une crise mondiale qui a aussi révélé la fragilité structurelle de leurs économies, trop dépendantes pour beaucoup d’entre elles de leurs exportations vers les pays riches (comme pour la Chine ou le Brésil).
Reste que les pays émergents restent le moteur principal de l’économie mondiale, un moteur qui permettra peut-être de faire repartir la globalisation.
Brics: des intérêts trop divergents pour des synergies limitées
Le club du Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) a continué à exister et à se réunir et même à intéresser d’autres pays émergents qui aimeraient bien en faire partie, comme la Turquie, l’Indonésie ou le Mexique.
Pourtant, il montre, année après année, ses limites (sans parler de l’incongruité d’y retrouver l’Afrique du Sud). S’il regroupe des économies en plein boum comme celles de la Chine, de l’Inde et du Brésil, celles-ci n’ont pas plus que cela des synergies ou la volonté d’en avoir. Au contraire, elles sont concurrentes comme le sont ces pays sur de très nombreuses questions de géopolitique et de géoéconomie.
Ainsi, au niveau politique la méfiance est de mise entre l’Inde et la Chine ainsi qu’entre la Russie et cette même Chine. La montée en puissance de cette dernière inquiète les autres membres du Brics qui ne veulent surtout pas devenir des satellites de l’Empire du Milieu.
Du coup, on se réunit, on se congratule mais on ne prend pas de décisions et on ne s’entend pas sur grand-chose! Un des exemples les plus frappants a été l’incapacité des pays du Brics à présenter une candidature commune lors de l’élection du nouveau directeur général du FMI après la démission de Dominique Strauss-Kahn pour les raisons que l’on sait.
Il était évident que les Indiens ne voulaient surtout pas d’une candidature chinoise, que les Chinois ne voulaient surtout pas d’un directeur indien, que les Russes voulaient plutôt d’un Européen et que les Brésiliens voulaient un sud-américain, ce qui n’intéressait ni la Russie, ni la Chine, ni l’Inde…
Création d’un économiste, le club des Brics pourrait tomber en léthargie puis disparaître si ses membres ne font pas d’effort pour lui donner une véritable raison d’être et pour être plus solidaires les uns des autres. Mais on voit mal comment des pays aussi méfiants les uns vis-à-vis des autres pourraient y parvenir…
Chine: les difficultés s’amoncèlent mais la croissance est toujours là
La croissance de la Chine en 2011, autour de 9%, est enviée partout dans le monde et un pays qui n’aurait que la moitié de cette hausse annuelle de son PIB serait, non seulement, très heureux mais serait considéré comme en excellent santé économique.
Pourtant, les inquiétudes sur cette santé économique de la Chine sont bien réelles, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur.
D’abord parce que la Chine a toujours une économie essentiellement tournée vers les exportations alors que le ralentissement de l’économie mondiale se confirme. Du coup, des pans entier de son appareil de production est en grande difficulté avec de très nombreuses faillites.
Ensuite, parce que les investissements réalisés par le pouvoir communiste, tant au niveau central qu’au niveau local, font apparaître de graves dysfonctionnements qui pourraient miner toute l’architecture mise en place au cours de ces trente dernières années. Il s’agit, bien sûr, de tous ces prêts à des structures qui sont déjà incapables de pouvoir les rembourser aujourd’hui et le seront encore plus demain, de tous ces investissements sans queue ni tête dans les infrastructures du pays avec des autoroutes et des pont qui ne mènent nulle part, des équipements qui ne servent à rien ou qui ont été mal conçu (comme le réseau ferroviaire à grande vitesse).
Sans oublier la frénésie immobilière où l’on a construit des immeubles d’habitation qui sont totalement vides faute de locataires solvables ou de propriétaires assez riches.
En outre, l’inégalité gagne de plus en plus de terrain avec des riches de plus en plus riches et des pauvres qui ne parviennent pas à se sortir de la pauvreté, surtout dans les campagnes. Du coup, les classes moyennes, mais aussi les classes moins favorisées, ont multiplié les contestations et les grèves ont été nombreuses dans les usines. Pour le pouvoir communiste dont la légitimité est assise sur sa capacité à offrir des emplois un une amélioration des conditions de vie à sa population, c’est un réel danger, lui qui fait de la paix sociale son obsession.
A noter, par ailleurs, la montée de l’inquiétude de la communauté internationale, en particulier de tous les voisins de la Chine quant au comportement agressif de cette dernière concernant tous ses intérêts, même les plus extravagants, ainsi que son inflexibilité sur les demandes d’évolution de sa politique financière et monétaire (avec un yuan qui n’a que peu varié par rapport au dollar et à l’euro).
Inde: moderniser et assainir pour un développement durable
En début d’année, les autorités indiennes étaient prises d’un vertige d’optimisme. La croissance semblait s’envoler vers les fameux 10% qui permettraient, enfin, selon le premier ministre Manmohan Singh, au pays de sortir de la pauvreté les centaines de millions de personnes qui vivent dans une extrême précarité. Tout semblait aller pour le mieux également pour les classes moyennes, principal soutien du régime, qui continuait de s’enrichir, même si la richesse des plus aisés continuait, elle, à être de plus en plus indécente.
Et puis, patatras! La fragilité de la reprise mondiale et l’incapacité de l’Inde à régler son problème inflationniste ont mis à mal la croissance qui s’est effilochée de plus en plus au cours de l’année pour terminer bien loin des espérances nourries au cours des premiers mois de 2011.
Car l’Inde, avec un système politique où l’opposition a réussi à bloquer toutes les réformes nécessaires, est engluée dans la corruption généralisée et l’inefficacité de son administration tentaculaire. Pour que le pays puisse regarder l’avenir avec confiance, il lui faut se moderniser coûte que coûte, et dans ses mœurs publics, et dans ses infrastructures encore défaillantes aujourd’hui.
Brésil: la douche froide
Avec des matières premières à profusion et une économie en plein boum, notamment grâce à la consommation intérieure, le Brésil voyait 2011 comme l’année de la confirmation après la croissance de 7,5% de son PIB en 2010. La prise de pouvoir de Dilma Rousseff, en lieu et place de l’icône Lula, à la tête de l’Etat, devait aussi parachever l’œuvre de ce dernier et propulser le Brésil dans les hauteurs de la mondialisation.
Mais même si le Brésil est devenu la sixième économie de la planète devant la Grande Bretagne selon un institut privé (il faudra attendre la confirmation dans le courant 2012), les choses n’ont pas été aussi idylliques, loin de là.
D’abord parce que les déséquilibres de la société brésilienne ont refait surface lorsque la croissance s’est ralentie. Ensuite, parce que le pays souffre, à la fois, d’une inflation structurelle forte, d’une monnaie beaucoup trop forte et d’une industrialisation naissante pas assez robuste pour résister aux produits étrangers à bas prix comme ceux venus de Chine.
Du coup, le Brésil devra être plus modeste et démontrer sa vitalité, notamment en étant prêt pour les deux grands rendez-vous qu’il attend avec impatience, la Coupe du monde de football en 2014 et les Jeux Olympiques de 2016, tous deux organisés sur son sol, ce qui n’est pas encore donné.
En revanche, les mesures protectionnistes que veut prendre le gouvernement en 2012 ne sont pas de bon augure pour le pays et ses partenaires commerciaux dont il a un grand besoin pour sa croissance économique.
Alexandre Vatimbella
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