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jeudi 5 avril 2012

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. Trayvon Martin, la «Gated community mentality» et le vivre ensemble

Le fait divers de Sanford en Floride continue à être au cœur de l’actualité aux Etats-Unis. C’est parce qu’il pose des questions essentielles à la société américaine, non seulement en matière de racisme, mais aussi d’autodéfense, de peur de l’autre et, surtout, du délitement d’un certain vivre ensemble.
Alors que les manifestations se sont multipliées afin de dénoncer ce crime, que la mobilisation ne faiblit pas et que l’on sait avec une quasi-certitude que le meurtrier de Trayvor Martin, 17 ans, George Zimmerman, 28 ans, a menti sur les circonstances de son geste, les médias, à coup d’émissions spéciales, d’analyses et de commentaires, tentent de comprendre et d’éclairer ce qu’il y a derrière cette histoire qui devient hautement symbolique d’un certain mal être sociétal profond dont les racines ne sont pas récentes.
Un mal être qui s’est traduit ces dernières années, pour une partie non-négligeable de la population, par ce que Rich Benjamin a baptisé une «mentalité bunker» qui, de plus, ajoute-t-il, a été codifiée juridiquement.
C’est le cas, ainsi, de ces lois qui sont au centre de la polémique sur les circonstances de la mort de Trayvon Martin. Elles permettent de se défendre et d’abattre un intrus qui semble vous menacer et de s’en tirer sans aucune charge si l’on parvient à prouver que le recours à la violence létale était raisonnable...
Trente-deux Etats possèdent aujourd’hui de telles dispositions légales qui ont pour nom, en Floride, «Stand Your Ground» ou «Shoot first», et qui sont à l’origine de centaines de décès.
Mais cela se manifeste aussi par l’édification en nombre croissant de ce que l’on appelle les «gated communities», ces villes ou ces quartiers qui, selon la terminologie officielle, sont protégés par des murs ou des palissades et sont souvent surveillés par des vigiles et sur lesquels Benjamin a écrit un livre.
C’est là qu’à eu lieu le drame entre Martin et Zimmerman.
La plupart de ces communautés repliées sur elles-mêmes sont très majoritairement habitées par des blancs. Onze millions de maisons, selon Benjamin, y ont été construites et l’on estime que 10% des logements occupés aux Etats-Unis s’y trouvent. C’est dire si le phénomène est loin d’être anodin.
Bien sûr, ces «gated communities» ne sont pas nées toutes seules. Elles sont une des réponses à la violence intrinsèque de la société américaine depuis son origine et à cette montée du sentiment d’insécurité qui s’est manifestée dans les années 1970 et 1980 où de nombreux faits divers sordides ont traumatisé les Américains.
Mais, au lieu de refonder un vivre ensemble ou de prendre des mesures pour sécuriser les villes (comme cela s’est fait avec succès, par exemple, à New York où même Central Park est redevenu un endroit sûr la nuit),des solutions parfois extrêmes ont vues le jour. Beaucoup ont, ainsi, choisi de se protéger d’un monde qu’ils considéraient comme trop violent et très inquiétant en se réfugiant dans des endroits «en-dehors» de celui-ci et que des promoteurs immobiliers malins ont évidemment proposés à ce public non seulement demandeur mais aussi aisé.
Ces «gated communities» préfigurent-elles notre mode de vie au XXI° siècle (elles ont essaimé dans de nombreux pays dont la France) ou ne sont-elles que des phénomènes épidermiques et limités? Difficile de répondre tant nous ne savons pas comment nous vivrons dans les décennies à venir. Mais il est sûr que leur extension démontrerait l’incapacité de nos sociétés postmodernes à trouver la bonne solution pour refonder ce vivre ensemble essentiel à la cohésion sociale, elle-même indispensable pour se projeter positivement et de manière optimiste dans le présent et dans le futur.
Alexandre Vatimbella
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