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mardi 30 octobre 2012

Elections présidentielles 2012. Les «likely voters» détiennent-ils la clé de la présidentielle?


Les sondages de la présidentielle américaine de cette année présentent systématiquement deux versions de leurs enquêtes.
D’abord, les préférences des «register voters», les électeurs inscrits (ceux qui peuvent voter): Barack Obama y est toujours en tête.
Ensuite, les préférences des «likely voters», ces électeurs inscrits qui iront effectivement voter (ceux qui veulent voter): Barack Obama et Mitt Romney s’y disputent la première place avec, souvent, un petit avantage au républicain.
C’est la première fois que cette distinction, mise en œuvre pour la première fois dans les années 1950, est autant mise en avant par les instituts de sondage et reprise par les médias.
Est-ce une distinction pertinente?
D’abord, il faut savoir que les instituts de sondage estiment la proportion de «likely voters» et que, comme le rappelle l’institut Gallup, chacun à sa manière de faire…
Le célèbre institut de sondage affirme que l’intention d’aller voter est toujours surestimée par les sondés. Beaucoup de ceux qui déclarent qu’ils voteront ne le font pas. L’institut a donc mis en place sept questions pour déterminer la réalité ou non de ces affirmations.
Scott Keeter, le directeur des études du Pew research center, estime lui, qu’«identifier les ‘likely voters’ est un des aspects les plus difficiles quand on a en charge les sondages électoraux. Plus de sondés que ceux qui mettront un bulletin de vote dans l’urne répondent qu’ils ont l’intention de voter. En conséquence de quoi, la plupart des sondeurs ne se basent pas seulement sur l’intention d’aller voter pour déterminer s’il s’agit d’un ‘likely voters’ ou non. La plupart des sondeurs utilisent une combinaison de questions qui mesurent l’intention d’aller voter, l’intérêt pour la campagne électorale et le comportement passé d’électeur. Les différents sondeurs n’utilisent pas les mêmes questions pour identifier les ‘likely voters’».
Mais, ce qui est intéressant, c’est que Scott Keeter estime que l’utilisation des «likely voters» aux mois de septembre et d’octobre n’est pas forcément pertinente: «au cours des trois dernières élections présidentielles, les études menées par le Pew research center en septembre et en octobre on trouvé peu de différences entre les électeurs inscrits et ceux qui avaient l’intention d’aller voter. A la veille de l’élection, les études ont trouvé une beaucoup plus grande différence. Cette constatation suggère que savoir qui va aller ou non voter devient plus facile au fur et à mesure que le jour de l’élection approche».
Une opinion partagée par l’institut IPSOS qui estime que les électeurs sont mauvais à prédire s’ils voteront ou non et qu’utiliser la catégorie des «likely voters» ne devient pertinent qu’à partir du mois d’octobre et après avoir bien étudié d’autres paramètres comme l’enthousiasme pour l’élection.
Comme l’explique Nate Silver dans le New York Times, les sondages sur les «likely voters» avantagent généralement les candidats républicains, dont Mitt Romney.
Mais si l’utilisation de la distinction entre «register» et «likely» peut être justifiée dans des élections locales ou législatives, elles semblent moins évidentes pour des présidentielles selon lui: «pourquoi les républicains ont cet avantage? Parce que, depuis de nombreuses années, les groupes qui tendent à voter républicain sont aussi ceux qui tendent à avoir les caractéristiques – par exemple, être plus âgé, être blanc et être plus riche – corrélées à une plus grande propension à voter. En même temps, ce n’est probablement pas réaliste de s’attendre à une grande différence dans les pourcentages lors des années d’élections présidentielles. Dans ces années, 83% des Américains qui disent qu’ils sont inscrits affirment qu’ils ont vraiment voté. Ces pourcentages peuvent être un peu trop importants car les électeurs peuvent exagérer leur propension à voter, de même que leur propension à être inscrits. Mais leur nombre réel est probablement autour de 80%. Avec ses taux de participation relativement élevés, les instituts de sondage ne devraient pas supprimer autant d’électeurs inscrits de leurs panels lorsqu’ils confectionnent leurs échantillons de ‘likely voters’, ce qui fait que l’avantage partisan pour l’un ou l’autre des candidats ne sera pas vraiment différent».
Mais si les instituts donnent souvent des estimations assez proches de la réalité des «likely voters», ce n’est pas le cas de ceux qui ont affirmé qu’ils n’iraient pas voter.
Ainsi, les professeurs Rogers et Aida ont fait une étude sur les électeurs déclarant qu’ils n’iraient pas voter. Les deux universitaires ont ainsi mis en lumière que ceux-ci mentaient et, en plus, avec un pourcentage plus élevé que les électeurs déclarant qu’ils iraient voter! Selon leurs résultats, 55% de ceux qui avaient affirmé qu’ils ne se déplaceraient pas pour mettre un bulletin dans l’urne le jour de l’élection sont ainsi allés dans un bureau de vote.
Pour finir, il faut savoir que les équipes de sondeurs des candidats ont leurs propres grilles pour estimer les «likely voters» qui sont beaucoup plus pertinentes que celles des instituts de sondage, car basées sur des données collectées sur le terrain au fil des élections. Et leurs chiffres ne correspondent pas à celles des instituts de sondage grand public…
Alexandre Vatimbella
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