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mardi 20 novembre 2012

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. Exceptionnalisme ou quand les conservateurs américains sont d’accord avec Staline!

L’exceptionnalisme des Etats-Unis est devenu un thème à la mode. On l’a retrouvé un petit peu partout dans la bouche des politiques, des commentateurs, des auteurs et des journalistes avant et pendant les élections présidentielles de cette année.
Il s’agit, le plus souvent, pour ceux qui en parlent, de se plaindre du déclin inexorable de la position unique du pays et de regretter ce fameux «bon vieux temps» où les Américains se voyaient comme les leaders naturels du monde avec une mission à remplir, ce que d’ailleurs ne leur contestaient guère les autres peuples de la planète.
Même si cette mode intellectuello-politique traverse tout le spectre politique, de la gauche à la droite, elle est évidemment surtout de mise chez les conservateurs, notamment les plus extrémistes, pour accuser Barack Obama d’en être le principal, voire l’unique, responsable.
Selon eux, ses prises de position montrent clairement qu’il ne croit pas en cette exceptionnalisme et que, non seulement, il se contente de la situation actuelle (qu’ils estiment en déclin) mais qu’il conduit consciemment les Etats-Unis à n’être plus qu’une nation comme les autres.
Une thèse que rien ne vient confirmer d’autant que l’utilisation du mot «exceptionnalisme» dans le bouche d’un président n’a jamais eu lieu jusqu’à… Obama.
Mais qu’est-ce bien que cet exceptionnalisme?
D’abord, une formule inventée en 1929 par un certain… Joseph Staline afin de critiquer la position des communistes américains qui affirmaient que les lois de la lutte des classes mises en avant par Marx ne s’appliquaient pas à leur pays grâce à ses capacités économiques et sociales différentes, ce que contestait évidemment le dictateur sanguinaire.
Plus sérieusement, le fait que les Etats-Unis soient une nation exceptionnelle vient de beaucoup plus loin, des écrits des Pères fondateurs et de plusieurs auteurs célèbres qui s’en faisaient les chantres, dès l’indépendance du pays, comme, par exemple, St-John Crèvecœur, Thomas Paine, Timothy Dwight ou Noah Webster.
Comme l’explique l’historienne Elise Marienstras dans son ouvrage «Les mythes fondateurs de la nation américaine», les tenants de l’exceptionnalisme de cette dernière estiment qu’elle «(…) entre dans un vaste plan providentiel. Les bienfaits qu’elle a reçu dès l’installation des colonies et lors des combats qui la menèrent à l’indépendance sont les signes qu’elle est dotée par Dieu d’une mission exceptionnelle».
De même, Tocqueville parlait également en 1831dans son fameux ouvrage «De la démocratie en Amérique», de la singularité et de l’exemplarité des Etats-Unis.
Une partie de la définition de l’exceptionnalisme est donnée par le site Wikipédia: «L’exceptionnalisme américain est l’idée que les Etats-Unis sont différents des autres pays et qu’en conséquence ils ont une mission mondiale spécifique qui est d’étendre la liberté et la démocratie».
Mais il ne s’agit pas que de cela, loin de là. L’exceptionnalisme est aussi l’idée que les Américains est le peuple élu du monde moderne et qu’il est supérieur aux autres de par ce qu’il a accompli, qu’il est un modèle que les autres peuples doivent suivre sans jamais pouvoir néanmoins l’égaler et encore moins le dépasser.
D’où la raison de la préemption actuelle de cette thèse par les républicains ultraconservateurs et ultranationalistes.
Certains estiment, en outre, que l’exceptionnalisme découle de l’Américanisme qui serait l’idéologie qui a façonné la nation américaine (l’Amérique est une idée avant d’être un pays comme l’explique le fameux politologue Richard Hostadter, «c’est notre destin en tant que nation de ne pas avoir d’idéologie mais d’en être une») de par ses valeurs, liberté, égalité, individualisme, populisme et laisser-faire.
L’historien David Reynolds dans son livre «America, empire of liberty» permet de bien comprendre l’importance de cette thèse, au-delà des clivages partisans, en écrivant que «pendant la plus grande partie du XX° siècle les Américains ont chéri l’idée que leur société était exceptionnelle – signifiant par là, fondamentalement différente des autres nations et aussi supérieure à celles-ci».
Pour autant, cet exceptionnalisme est-il une réalité?
La première réponse serait une sorte de pied-de-nez aux radicaux de droite. Oui, une nation en grande majorité blanche qui est capable d’élire et de réélire un noir à sa tête est bien exceptionnelle (on semble encore loin de ce cas de figure dans des pays comme la France, la Grande Bretagne ou l’Allemagne)!
La deuxième est de rappeler comme l’a fait le Washington Post, que le terme n’avait guère été utilisé jusque récemment. Un bloggeur du site de la revue The Atlantic a ainsi relevé qu’entre 1980 et 2000, il n’avait été utilisé que 457 fois dans des publications nationales. Entre 2000 et 2010, ce chiffre est monté à 2.558. Surtout, depuis 2010, on le retrouve plus de quatre mille deux cent fois…
En fait, ce sont les déclinistes – aussi puissants aux Etats-Unis qu’en France – qui se le sont accaparés. En 2008, il s’est imposé dans l’arène politique lorsque Sarah Palin, la colistière du candidat républicain John McCain sen est emparée afin de démontrer l’absence de patriotisme de Barack Obama.
La troisième est de dire que, malgré tout, sans être peut-être exceptionnels par nature, les Etats-Unis d’Amérique sont un rêve et un espoir qui les rend exceptionnels pour beaucoup de gens à travers le monde.
Comme le déclarait Barack Obama en juillet 2012, «ce qui nous rend exceptionnels – ce n’est pas le nombre de gratte-ciels de que nous avons; ce n’est pas notre puissance militaire. Ce qui fait de nous quelque chose de spécial est cette idée que dans ce pays, si vous voulez travailler dur, si vous voulez prendre la responsabilité de votre propre vie, alors vous pouvez y arriver si vous essayez».
Reste que cette idée est plutôt une croyance qu’une réalité mais c’est une croyance qui est à la base du vrai exceptionnalisme, celui qui permet à ce même Barack Obama d’être président des Etats-Unis.
Alexandre Vatimbella
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