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samedi 22 décembre 2012

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. L’Amérique des «tueurs de masse»

Lorsque l’on lit le livre d’Olivier Hassid et de Julien Marcel, «Tueurs de masse» (*), publié après la tuerie d’Aurora (Colorado) mais avant celle de Newton (Connecticut), on est frappé par la longue, trop longue liste, de ces tueries aux Etats-Unis depuis 1984, bien plus longue que celle que l’on voit dans les autres pays du monde.
Cette «spécialité» américaine – des tueries de ce genre ont eu lieu dès le XIX° siècle - est hallucinante à bien des points de vue.
D’abord, elle a lieu dans la première puissance mondiale de la planète.
Comment se fait-il que, dans un pays avancé et, quoi qu’en disent ses détracteurs, civilisé ainsi que policé, on aboutisse à ce bilan terrible et injustifiable?
Ensuite, elle met en scène souvent des gens «ordinaires» à l’inverse des «serial killers» (une spécialisé encore largement américaine…).
Enfin, elle provoque une émotion intense d’une population qui, paradoxalement, très rapidement, passe à autre chose comme s’il s’agissait, à la fois, d’une malédiction et d’une fatalité dont on ne peut se défaire ainsi que la conséquence de la violence constitutive de la société américaine.
Pourtant des explications existent.
L’une d’entre elles, selon Olivier Hassid et Julien Marcel, est que «les Etats (des Etats-Unis) à une forte précarité et dont la population est diplômée sont les plus vulnérables aux risques de mass shooting. Autrement dit, là où l’American way of life ne fonctionne pas, là où finalement la réussite scolaire ne rime pas avec une forte probabilité de réussite professionnelle, le risque est élevé que les individus cherchent à se faire justice en tirant dans la masse, même si cela reste des cas isolés».
Comprendre, c’est permettre d’éviter. C’est d’autant plus urgent que les tueurs de masse sont de plus en plus déterminés et, surtout, équipés d’armes de plus en plus meurtrières comme le fusil d’assaut utilisé par Adam Lanza à l’école élémentaire Sandy Hook de Newton.
Le débat fait actuellement rage aux Etats-Unis sur la meilleure façon d’éviter que des enfants de six et sept ans soient littéralement criblés de balle par un jeune homme aux problèmes psychologiques importants qui n’intéressaient personne à part sa mère (qui, pourtant, ne se privait pas de l’amener dans des stands de tir…).
Barack Obama a proposé de limiter l’achat d’armes aussi dangereuses que les fusils d’assaut et la société américaine semble assez pour.
Un sondage du Pew research center montre que seulement 49% des personnes interrogées sont pour une législation limitant la possession d’arme à feu (et notamment les fusils d’assaut) contre 42% qui souhaitent que l’on garantisse d’abord le droit de porter une arme.
Reste que, si l’on veut positiver ce résultat, c’est la première fois depuis l’accession d’Obama à la présidence qu’il y a plus de personnes en faveur d’une législation restrictive que d’une permissivité totale.
Pour autant, il y avait, auparavant et pendant de nombreuses années, une très forte majorité de personnes qui souhaitaient une législation restrictive.
Pour toute réponse à la tuerie de Newton et à la proposition pourtant peu révolutionnaire d’Obama (une telle législation avait déjà été mise en place entre 1994 et 2004), la NRA (l’association qui défend les possesseurs mais surtout les fabricants d’armes), avec son cynisme habituel, propose, non pas de réguler les ventes d’armes mais de mettre des gardes armés devant toutes les écoles du pays!
Son vice-président, Wayne LaPierre a eu cette formule incroyable - que l’on imagine très bien sortir de la bouche de Ronald Reagan (durant son parcours d’acteur) dans un western de série B - lors d’une conférence de presse, «la seule chose qui peut arrêter un méchant avec une arme est un gentil avec une arme».
Une provocation évidente et une inversion de la problématique qui montrent que le lobby des armes à feu n’a pas peur du ridicule et qu’il n’est pas prêt d’adopter une position plus responsable. Sans doute parce qu’il sait qu’il bénéficie encore d’un large mouvement d’opinion en faveur des armes à feu…
Pour autant, il ne faudrait pas oublier tout ce qui concourt au passage à l’acte et au fait d’utiliser une arme.
Dans leur conclusion, Olivier Hassid et Julien Marcel estiment que «ces actes atroces sont traumatisants pour l’ensemble d’une société. Leur caractère soudain et inexplicable nous expose à un fort et rare sentiment d’impuissance. Les tueries de masse obligent toutes nos sociétés à s’interroger sur leur mode de fonctionnement (valorisation de la performance individuelle, de la mobilité, de la compétitivité…), confrontées à la difficile équation consistant à favoriser la liberté individuelle tout en réduisant le risque de désinsertion sociale».
Alexandre Vatimbella

(*) Tueurs de masse, Olivier Hassid & Julien Marcel, 2012, Edition Eyrolles, 18€

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