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dimanche 22 décembre 2013

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. Il y a 150 ans, Lincoln honore la démocratie

Voilà un anniversaire qui est passé presque inaperçu, même aux Etats-Unis, celui du fameux discours d’Abraham Lincoln à Gettysburg, le 19 novembre 1863, en mémoire aux soldats morts lors de cette bataille particulièrement sanglante qui se déroula entre les 1er et 3 juillet de la même année et fut un tournant dans la Guerre de Sécession, décidant largement de la victoire du Nord contre le Sud confédéré, même si le conflit fratricide dura encore deux longues années.
Ce discours n’a pas à voir directement avec l’émancipation des Afro-Américains et avec l’abolition de l’esclavage mais parle de la démocratie, ce gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple et d’une nation d’hommes libres qui comprenait déjà dans l’esprit de Lincoln tous les habitants des Etats-Unis (puisque le discours d’émancipation des esclaves est antérieur, datant de septembre de la même année).
Ce discours est d’autant plus essentiel qu’en ce milieu de XIX° siècle, les Etats-Unis sont le seul pays au monde à avoir un vrai système démocratique (à quelques iotas près évidemment).
Et, Abraham Lincoln qui fut connu pour être un tribun hors pair, dédie la victoire des troupes de l’Union à la sauvegarde et à l’approfondissement de cette démocratie en quelques mots d’une extraordinaire puissance que voici.
«Il y a huit décennies et sept ans, nos pères donnèrent naissance sur ce continent à une nouvelle nation conçue dans la liberté et vouée à la thèse selon laquelle tous les hommes sont créés égaux.
«Nous sommes maintenant engagés dans une grande guerre civile, épreuve qui vérifiera si cette nation, ou toute autre nation ainsi conçue et vouée au même idéal, peut résister au temps. Nous sommes réunis sur un grand champ de bataille de cette guerre. Nous vînmes consacrer une part de cette terre qui deviendra le dernier champ de repos de tous ceux qui moururent pour que vive notre pays. Il est à la fois juste et digne de le faire.
«Mais, dans un sens plus large, nous ne pouvons dédier, nous ne pouvons consacrer, nous ne pouvons sanctifier ce sol. Les braves, vivants et morts, qui se battirent ici le consacrèrent bien au-delà de notre faible pouvoir de magnifier ou de minimiser. Le monde ne sera guère attentif à nos paroles, il ne s'en souviendra pas longtemps, mais il ne pourra jamais oublier ce que les hommes firent. C'est à nous les vivants de nous vouer à l'œuvre inachevée que d'autres ont si noblement entreprise. C'est à nous de nous consacrer plus encore à la cause pour laquelle ils offrirent le suprême sacrifice; c'est à nous de faire en sorte que ces morts ne soient pas morts en vain; à nous de vouloir qu'avec l'aide de Dieu notre pays renaisse dans la liberté; à nous de décider que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, ne disparaîtra jamais de la surface de la terre.»
Il n’est pas inutile de se rappeler lors d’anniversaires mémoriels de cette sorte que la démocratie libérale représentative défendue par le Centre et le Centrisme n’est pas une donnée intangible dans un monde où ses adversaires n’ont jamais désarmé et ne désarmeront jamais.
S’il s’agit du meilleur système (ou du moins mauvais…), il n’est pas «naturel» comme nous l’ont dit et redit tous les penseurs libéraux du XVIII° siècle à nos jours, nous enjoignant de nous battre pour le conserver.
Au moment où certains à la mémoire courte dans les démocraties penchent vers des extrêmes qui ont toujours abhorré cette démocratie libérale, ressourçons-nous dans tous les combats qui nous permettent aujourd’hui d’être des citoyens libres et égaux afin de faire en sorte que nos enfants et leurs enfants seront également de cette communauté de privilégiés que l’on espère voir un jour être composée de tous les habitants de cette planète.
Et il n'est pas anodin de penser que le discours de Gettysburg fut prononcé par un président américain considéré comme un centriste.
Alexandre Vatimbella


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dimanche 8 décembre 2013

Les Etats-Unis semblent vraiment sortis de la crise

Alors que le nombre de créations d’emplois en novembre (203.000 et une moyenne de 204.000 sur les quatre derniers mois) a fait tomber le taux de chômage à 7%, du jamais vu depuis cinq ans et que le taux de croissance du troisième trimestre a été revu à la hausse (+3,6% en rythme annuel), le débat continue chez les experts sur la solidité de la reprise américaine.
Pour l’une d’entre eux, Florence Pisani, pas de toute là-dessus, la reprise est bien là et elle va se poursuivre en s’accentuant en 2014.
Lors de la conférence annuelle de l’IFRI sur les Etats-Unis, l’économiste de chez Dexia a estimé que le choix fait par Washington de donner la priorité au retour à la croissance alors que les pays européens, eux, ont privilégié la résorption des déficits publics, a été la bonne stratégie.
Grâce à la reprise, on constate un désendettement massif des ménages et un marché immobilier qui, petit à petit se normalise avec une demande latente de logements qui devraient soutenir la croissance dans les années à venir, notamment de tous les jeunes qui, jusqu’à présent, n’ont pu quitter le domicile de leurs parents du fait de la crise.
Sans oublier le rééquilibrage des comptes publics même si celui-ci est du, en partie, au «sequester», c’est-à-dire aux coupes budgétaires automatiques suite à l’incapacité du Congrès de se mettre d’accord sur un budget fédéral.
En outre, cela fait désormais trois ans que l’économie américaine crée des emplois chaque mois et le temps de travail a tendance à revenir vers la normale (moins de temps partiel) avec des salaires qui augmentent (+2% en moyenne sur un an) même si beaucoup d’entre eux demeurent assez faibles.
En 2014, Florence Pisani estime que le pouvoir d’achat des ménages augmentera avec un revenu disponible qui devrait croître de 4%.
Ainsi, si le taux de croissance du PIB devrait avoisiner les 1,7% en 2013, il devrait être de 2,6% en 2014 selon les calculs de l’économiste.
Bien entendu, il demeure encore des problèmes avec un taux d’emploi de la population en âge de travailler encore bas, une augmentation des inégalités et de la pauvreté chez les enfants et les personnes de moins de 65 ans.
De même, le crédit ne repart pas encore de manière significative, l’investissement des entreprises connait un ralentissement et les problèmes budgétaires sont encore loin d’être totalement résolus avec les questions brûlantes du coût des retraites (social security) et des dépenses de santé (malgré l’Obamacare).
Reste que le tableau général incite à l’optimisme, ce que semble penser Wall Street en hausse et ce, malgré le possible désengagement de la FED (la banque centrale américaine) dans son injection mensuelle de liquidités afin de soutenir l’activité.
Alexandre Vatimbella avec la rédaction de l’agence

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lundi 25 novembre 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. Kennedy-Johnson: quand la légende éclipse le vrai réformateur centriste

Pendant la campagne des primaires démocrates de 2008, Hillary Clinton a rendu un vibrant hommage au président des Etats-Unis Lyndon Johnson (1963-1968), dit LBJ, pour avoir réformé en profondeur le pays, permettant, entre autres, la mise en place d’une assistance médicale pour les plus âgés et pour avoir fait progresser les droits civiques de manière considérable.
Elle fut alors l’objet d’attaques scandaleuses et de sarcasmes déplacés de la part des conseillers de Barack Obama pour qui le seul héros de cette époque était John Kennedy (1960-1963), dit JFK, qui avait précédé Johnson à la présidence (ce dernier lui succédant après son assassinat en sa qualité de vice-président).
L’ironie n’est pas tant dans cette erreur historique que dans le fait que si Lyndon Johnson n’avait pas eu le courage et l’intelligence politique de faire voter des lois sur les droits civiques et le vote des noirs face à un Congrès hostile, Barack Obama n’aurait jamais battu Hillary Clinton lors des primaires démocrates et n’aurait jamais remporté l’élection présidentielle dans la foulée!
Ici, la légende a totalement éclipsé le vrai réformateur.
D’autant que la présidence de Johnson a été ternie par la guerre impopulaire du Vietnam dont il faut rappeler qu’elle a vraiment pris son essor lors de la présidence Kennedy et que ce dernier a refilé la patate chaude à son successeur.
Et la haine minable (car étant, à la fois, condescendante et arrogante de personnes se croyant au-dessus des autres) du clan Kennedy pour Johnson n’a évidemment pas arrangé les choses.
Lorsqu’une famille d’Amérique aussi populaire, aidée en cela par tous les conseillers brillants recrutés par JKF, crie haro sur un homme, ce dernier n’a que peu de chances d’être célébré par l’historiographie nationale.
Et pourtant.
Alors que Kennedy a mis toute son énergie (avec son père et son frère, Robert) à bâtir sa légende de son vivant sur beaucoup de vent – un peu comme César avec sa campagne de Gaule où il ne fut vainqueur que parce qu’il avait affaire à des tribus divisées se faisant la guerre et à une alliance avec une partie de celles-ci –, Johnson, le rude et bougon sudiste, lui, n’avait pas le profil pour devenir une icône face à ce jeune et bel homme, soi-disant en pleine santé et possession de ses moyens physiques et intellectuels, ce qui se révéla largement une escroquerie.
Les révélations de l’histoire ont permis de changer quelque peu cette vision totalement erronée mais les mythes ont la vie dure comme on a pu le voir lors des commémorations de ces derniers jours du cinquantième anniversaire de l’assassinat de JFK à Dallas ainsi que dans les sondages qui font de lui le président le plus apprécié de ces dernières décennies par les Américains avec 90% d’opinions favorables!
Mais le vrai réformateur, centriste de gauche (et non «liberal», de gauche, comme on le présente souvent), était bien Johnson, lui qui a fait passer des lois essentielles pour les Etats-Unis d’aujourd’hui et qui est le plus grand législateur de l’après-guerre avec… Barack Obama.
Son projet de «Great society» (grande société) a donné peut-être plus de résultats concrets que le «New deal» (nouveau contrat) de Franklin Roosevelt – dont Johnson était un admirateur – comme le rappelle avec justesse l’historienne Doris Kearns Goodwin.
Et si le président américain actuel a mis ses pas dans un de ses anciens coreligionnaires, c’est dans ceux du Texan d’origine pauvre et ancien instituteur et non du Bostonien d’origine riche et homme du monde (sans oublier de préciser que Kennedy était un démocrate conservateur).
Le rêve américain s’incarne d’ailleurs beaucoup plus en Johnson (et en Obama) qui est arrivé à la tête du pays à force de travail (tout comme Obama) que dans Kennedy qui fut tiré de son oisiveté par son père qui voulait absolument qu’un de ses fils deviennent président.
Bien sûr, un pays vit par ses mythes, ses légendes et ses représentations. De ce point de vue, il est sûr que Kennedy (grâce aussi à son arme secrète, sa femme Jackie) présente incontestablement mieux que Johnson et qu’il donne, sans doute, plus de fierté et d’orgueil aux Américains que LBJ.
Néanmoins, oublier Johnson est, outre une injustice flagrante, une grande erreur parce que la politique ce n’est pas que du paraître, c’est une action concrète qui permet à la société d’avancer vers plus de liberté et de bien-être par de vraies réformes.
Ici, quoi que veuillent le faire croire les millions de fans de JFK aux Etats-Unis mais aussi à travers le monde, LBJ gagne le match à plate couture.



Alexandre Vatimbella
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lundi 18 novembre 2013

Les sondages pour 2016 donnent un net avantage aux possibles candidats centristes

Que ce soit Hillary Clinton (démocrate) ou Chris Christie (républicain), les possibles candidats au centre de l’échiquier politique pour la prochaine présidentielle de 2016 sont plébiscités par les Américains comme vient de le signifier de nouveaux sondages et après que la victoire nette du second nommé à l’élection de gouverneur du New Jersey (Etat pourtant fortement démocrate) ait démontré sa capacité à rassembler au-delà de son parti, ce qui sera absolument indispensable à tout républicain qui souhaite devenir le prochain président des Etats-Unis.
Ainsi, selon un sondage de l’université de Quinnipiac, si Hillary Clinton était opposée aux candidats de la droite ou de l’extrême-droite du Parti républicain, elle l’emporterait haut la main dans tous les cas de figure alors que si elle était opposée à Chris Christie, elle ferait jeu égal avec lui (42% des intentions de vote contre 43%).
A noter, tout de même que ce sondage a été réalisé après la victoire de Chris Christie dans le New Jersey et qu’un autre sondage réalisé pour la chaîne NBC News donne dix points d’avance à Hillary Clinton sur Chris Christie (44% contre 34%).

Rappelons que ni Hillary Clinton, ni Chris Christie ne se sont déclarés pour l’instant candidats à la candidature de leurs partis respectifs même si les observateurs politiques estiment que les deux personnalités devraient, sauf accident de parcours, être sur la ligne de départ de la présidentielle de 2016.
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mercredi 13 novembre 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. Les centristes républicains veulent relever la tête

Pour les élections législatives de mi-mandat en 2014, les républicains modérés ont mis en route une campagne pour discréditer et se débarrasser des élus les plus à droite du parti, ceux qui bloquent toutes les initiatives et qui par leur extrémisme irresponsable mettent à mal les institutions américaines mais empêchent également le Parti républicain d’avoir une chance de remporter la majorité au Sénat et de pouvoir espérer gagner les élections présidentielles.
Les derniers événements où un petit groupe d’activiste d’extrême-droite a presque réussi à empêcher le gouvernement de fonctionner correctement et de faire face aux engagements du pays a été un révélateur surtout que les Américains estiment que le Parti brépublicain est le premier responsable des dysfonctionnements de Washington.
Il faut donc que ce dernier réagisse vite en prévision des joutes électorales qui s’annoncent mais aussi pour ne pas perdre définitivement son âme forgée au fil des ans par des Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt et quelques autres grands présidents républicains.
Que ce soit à l’intérieur du parti ou au Congrès, des élus et des candidats centristes mènent donc une bataille violente contre les factions extrémistes avec, souvent, l’aide financière des entreprises principales donatrices qui se sont aperçues que les élus qui les composent, en particulier ceux du Tea Party, n’avaient aucune envie de faire en sorte que le pays aille mieux s’il leur fallait composer avec les démocrates, pire selon eux, avec leur ennemi honni, Barack Obama, sur fond de racisme latent.
De même, ils préfèrent perdre les élections (estimant qu’ils les gagneront un jour quand le peuple sera enfin capable de comprendre leurs positions…) que de sacrifier leurs combats d’arrière-garde.
Deux initiatives récentes de ce que l’on appelle aux Etats-Unis «l’establishment républicain» composé par les principaux chefs ainsi que par les conservateurs modérés tentent de faire le ménage.
C’est le cas de celle mise  en route par l’ancien représentant de l’Ohio, Steve LaTourette qui, fort d’un budget de huit millions de dollars, diffuse des spots à la télévision dirigés contre ce qu’il appelle les «Senate candidates hall of shame» (les candidats au Sénat membres du temple de la honte en référence à tous les «halls of fame», temple de la gloire ou de la renommée, qui honorent les plus grands dans de nombreuses disciplines surtout sportives mais pas seulement).
Ceux-ci sont, entre autres, Todd Akin du Missouri, célèbre pour avoir expliquer qu’une femme qui subissait un «viol légitime» avait le pouvoir de ne pas tomber enceinte (une thèse extravagante afin de combattre les avortements même en cas d’agression sexuelle) ou Christine O’Donnell dont une des professions de foi de candidate avait été d’affirmer sans rire qu’elle n’était pas une «sorcière» sans oublier ses déclarations sur le fait que le viol était «une volonté de Dieu».
Devant tant d’obscurantisme, Steve LaTourette espère réveiller la conscience des électeurs républicains et leur faire comprendre que ces élus sont une menace même pour l’avenir du parti.
Selon lui, «la tentative de l’extrême-droite de purger le GOP (Grand old party, surnom du Parti républicain) des gens qu’ils estiment ‘imparfaits’ doit cesser. (…) Pour la première fois, il y aura un groupe représentant l’aile responsable du Parti républicain qui ne fera pas seulement que se défendre mais qui mènera l’offensive».
De son côté, la sénatrice du Maine, Susan Collins a décidé de faire vivre dans la durée le groupe «bipartisan» modéré «common-sense coalition» (coalition du bon sens) qu’elle avait créé avec le sénateur démocrate de Virginie Occidentale, Joe Manchin, lors des blocages idéologiques au Congrès de ces derniers mois qui avaient abouti aux coupes budgétaires automatiques et avait failli provoquer le défaut de paiement de l’Etat.
Le groupe qui avait négocié la sortie de crise regroupe seize élus qui veulent garder le contact et œuvrer pour des solutions négociées et consensuelles.
Tout cela couplé avec la réélection dans un fauteuil du républicain modéré, Chris Christie (et possible candidat à la candidature républicaine pour la présidentielle de 2016), à son poste de gouverneur du New Jersey, Etat très majoritairement démocrate, redonne espoir aux républicains centristes que leur parti n’est pas en train de se marginaliser pour les décennies à venir et qu’un retour vers le juste milieu (à défaut, pour l’instant du juste équilibre) est possible dans un avenir pas trop éloigné.
Ce serait évidemment une bonne nouvelle pour le Parti républicain mais aussi pour la démocratie américaine.
Alexandre Vatimbella

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jeudi 17 octobre 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. Quand le Tea Party se méprend du centrisme d’Obama

Ils le pensaient mou et indécis, incapable de fermeté et de lignes directrices, prêts à céder à tous, les voilà les grands perdants, aveuglés par leurs propres fantasmes et atteints au dernier degré de ce que l’on appelle aux Etats-Unis, l’hubris, leur excessive confiance en eux et en leur vision politique.
«Ils», ce sont les membres du Tea Party, cette nébuleuse de centaines d’associations regroupant tout ce que le pays et le Parti républicain compte d’extrémistes de Droite et de populistes fascisants.
Scotchés chaque jour devant les écrans de la chaine réactionnaire Fox news où officient des nombre d’éditorialistes haineux, celle-ci n’a pas hésité à y faire venir le psychanalyste de service pour expliquer que la soi-disant intransigeance affichée du président américain lui venait d’un complexe de victimisation dû au problèmes psychologiques rencontrés lors du départ au loin de sa mère pour son travail et à son hébergement par ses grands-parents!
Mais, en réalité, «ils» n’avaient rien compris et en ont été pour leurs frais, détestés, de plus, par une très grande majorité des Américains pour avoir mis leur pays en péril, ce qui est le cadet de leurs soucis, cependant.
Car il ne faut pas oublier que les membres du Tea Party ont comme projet, quel que soit leur soutien populaire, de détruire l’Etat fédéral (sauf l’armée) et de donner tout les pouvoirs aux Etats fédérés pour faire en sorte, selon eux, que l’on (re)vienne à une Amérique régie par le darwinisme social (seuls les forts survivront) et par le laisser-faire le plus intégral (le moins d’interdictions possible, le moins d’impôts possible et chacun pour soi, la seule solidarité étant la charité de particuliers à particuliers).
Une Amérique qui n’a jamais réellement existé, précisons-le même si ces idées ont été populaires dans certains cercles à la fin du XIX° et au début du XX° siècle.
Le tout sur fond d’un pays, première puissance mondiale élue et exceptionnelle (théorie de l’exceptionnalisme) ayant vocation, sinon à diriger le monde, du moins à lui montrer le chemin de la vérité.
Face à cela, le «socialisme européen» et l’«étatisme» supposés d’Obama, sa volonté de faire du gouvernement fédéral un ciment du pays (notamment avec la loi sur l’assurance-santé), selon leurs vues, sont évidemment les plus grands dangers à combattre par tous les moyens jusqu’à la victoire finale et sans concession.
Sans oublier leur aversion pour la couleur de peau, le métissage et le multiculturalisme du président.
Ce dernier, lui, est demeuré ce qu’il est, un centriste.
Tout ce que le Tea Party (mais aussi la gauche du Parti démocrate) a pris, ces dernières années  pour de la faiblesse et de l’indécision n’est en réalité qu’une manière de gouverner où le consensus et la délibération sont les deux principes de base afin d’aboutir à une décision équilibrée.
Un chemin clair mais compliqué comme le montre les presque cinq ans de sa présidence.
De la loi sur l’assurance-santé à la réponse adéquate à trouver face aux horreurs en Syrie, Barack Obama a appliqué cette politique qu’il défendait dès 2007 lors de sa première campagne présidentielle mais également dans ses livres.
Tout cela est écrit noir sur blanc.
Cependant, cette volonté consensuelle et délibérative n’est en rien un signe de faiblesse comme la plupart des observateurs de gauche et de droite l’ont affirmé et cru.
D’ailleurs, il suffirait de demander aux collaborateurs de la Maison blanche, si Obama est un faible, eux qui essuient à périodes répétées ses foudres lorsque des dysfonctionnements se produisent…
Pour revenir à la fameuse «méthode Obama» dont nous avons déjà parlé ici, si elle favorise la discussion et un grand tour de table, elle refuse l’ultimatum et les menaces.
C’est en cela que les membres du Tea Party, grisés par leurs pseudo-succès des derniers mois (la relance de la polémique sur l’attaque du consulat américain de Benghazi dès la victoire d’Obama le 5 novembre dernier, les blocages répétés de toute initiative de la Maison blanche, des nominations à des postes de direction des services publics au contrôle renforcé des armes à feu en passant par la loi sur l’immigration) qui sont autant de défaites, à terme, du Parti républicain, ont cru – poussés par des médias toujours friands de tensions partisanes pour leurs taux d’audience – que l’on pouvait attaquer de front un président des Etats-Unis présenté comme velléitaire et vulnérable pour, comme le disait un activiste ultra lors d’une récente manifestation, le «faire quitter Washington à genoux».
En tant que centriste, Barack Obama croit que la politique est la recherche du bien commun par l’équilibre et la responsabilité.
C’est ce qu’il a mis en place dès son intronisation en janvier 2008.
Il parlait alors de collaboration bipartisane et même d’une ère «post-partisane»….
Mais, jamais, il n’a déclaré qu’il ferait fi des principes et des valeurs de la démocratie républicaine.
La défaite – provisoire? – des activistes du Tea Party en est une preuve éclatante.
A eux d’être à genoux!
Une dernière chose, importante, la victoire d’Obama est aussi et avant tout une victoire des Etats-Unis.
Aux élus du Congrès d’en prendre conscience.
Alexandre Vatimbella
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lundi 14 octobre 2013

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. Quand les agissements du Parti républicain démontrent l’utilité des centristes

Qu’ils soient dans des partis indépendants où à l’intérieur de grands partis, les centristes sont une force d’équilibre et de responsabilité qui, si elle n’existe pas ou ne peut peser sur le débat politique, ouvre la porte à toutes les dérives comme le démontre la mainmise actuelle sur Parti républicain américain des extrémistes du Tea Party.
D’ailleurs, on peut penser qu’une grande partie de la droite française aurait depuis longtemps fricotée ouvertement avec le Front national sans la pression des élus et des électeurs centristes qui ont permis de garder relativement étanche la frontière droite-extrême-droite.
Néanmoins, s’inspirant de ces extrémistes du Parti républicain, certains, à l’UMP comme Jean-François Copé, commencent malheureusement à jouer la politique du pire et de l’intransigeance ce qui pourrait aboutir, à terme, à une implosion de la formation de droite et donner naissance, à l’instar du PS et du Front de gauche, à deux partis, l’un modéré, l’autre radical.
Toujours est-il que la survie de la démocratie républicaine ne peut se permettre cette politique du pire et de l’intransigeance car son existence même est assise sur un certains nombre de principes dont la responsabilité et le consensus.
Le consensus dont on parle n’est pas de trouver à chaque fois une voie médiane à des opinions opposées mais de s’accorder sur le fonctionnement d’un système qui donne le pouvoir à une majorité, qui respecter les droits de la minorité et qui s’appuie sur quelques piliers incontournables comme le recours à l’impôt, l’égalité politique, la transparence ou la solidarité.
Or, aux Etats-Unis, le Tea Party a décidé de s’opposer à tout cela.
Pas d’impôt (sauf pour l’armée et la police), pas d’égalité politique (avec les lois qui restreignent la possibilité de voter pour les minorités ou avec le charcutage électoral indécent qui permet à un parti minoritaire en voix au niveau national de gagner les élections législatives), pas de transparence (avec l’afflux d’argent pour ces extrémistes venus de quelques milliardaires et entreprises qui peuvent verser ce qu’ils veulent sans le dire, faussant in fine le jeu électoral), pas de solidarité (en supprimant tous les programmes sociaux qui permettent aux plus pauvres de vivre dignement et en s’opposant par tous les moyens à la mise en œuvre de la loi sur l’assurance santé décidée par le président – réélu entretemps –, votée par le Congrès et déclarée légale par la Cour suprême).
Grâce à un activisme et un entrisme que l’on croyait réserver jusque là aux extrémistes de gauche, les militants du Tea Party ont réussi, non seulement à phagocyter le Parti républicain mais à le vider quasi-totalement de tous ses centristes qui se comptent désormais par quelques dizaines d’élus seulement au niveau national dont une au Sénat, Olympia Snowe mais aussi de sa culture du compromis démocratique.
Pire, les élus modérés sont désormais terrorisés par les primaires de leur parti où ils risquent de se faire battre par des extrémistes jusqu’au-boutistes.
Du coup, pour garder leurs sièges, ils adoptent une position frileuse en se taisant.
Cela, d’ailleurs ne suffit plus puisque le Tea Party demande l’allégeance à ses thèses, ce qui fait que nombre de centristes se parjurent constamment.
Résultat, le blocage du gouvernement américain qui risque de plonger le pays et le monde dans le chaos, si ce n’est aujourd’hui avec les crises du budget et de la dette, mais demain ou après-demain car les militants du Tea Party ont tout leur temps pour réussir leur entreprise: détruire l’Etat fédéral.
Quand on voit les quelques illuminés du Tea Party et donc du Parti républicain, heureusement fortement minoritaires actuellement, demander que l’on mette dehors Obama de Washington à coup de pied dans le derrière tout en brandissant le drapeau confédéré lors de manifestations ces derniers jours aux relents nauséabonds de racisme, on comprend la haine qui anime de nombreux élus, dictant leurs comportements et rendant illusoire tout compromis qu’ils associent immédiatement à une compromission.
Une des conséquences les plus dommageables pour le système démocratique américain est que l’alternance politique n’est plus le but d’une partie du Parti républicain.
Les extrémistes sont en effet plus intéressés à abattre le système démocratique honni parce que n’allant pas dans leur sens qu’à prendre le pouvoir. Dès lors, ils ne luttent plus pour la victoire dans les urnes mais pour une victoire quasi-insurrectionnelle.
Les Etats-Unis ont besoin d’un Parti républicain conservateur et non d’une formation politique dont le seul but est de s’opposer et de détruire.
S’il semble que l’on en soit loin au jour d’aujourd’hui, on peut tout de même espérer que cela surviendra à moyen terme.
Car, ce qui est hautement réconfortant, c’est que la démocratie américaine, à l’opposé d’autres, a toujours su trouver le moyen de se revitaliser et de retrouver ses valeurs dans les crises, aussi dures furent-elles.
Ainsi, lors de la Grande dépression, pendant qu’Hitler prenait le pouvoir en Allemagne, les Américains confiaient leur destinée en Franklin Roosevelt…
Alexandre Vatimbella
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dimanche 6 octobre 2013

Hillary Clinton pensera en 2014 à l’élection présidentielle

Devant un parterre de chef d’entreprises et d’hommes politiques de Long Island (New York), Hillary Clinton a déclaré qu’elle penserait sérieusement à l’élection présidentielle américaine de 2016, courant 2014.
Elle ne veut pas le faire avant car elle estime que mettre dès à présent la prochaine présidentielle sur le tapis et ay cœur des médias interfèrerait sur l’action de ceux qui ont été élus l’année dernière pour gouverner le pays et qui doivent pouvoir travailler sans ce parasitage.
Selon elle, sa réflexion sur une possible candidature sera largement conditionnée par la possibilité d’agir sur les questions d’éducation, de santé et de logement.

Elle a ajouté qu’elle mènerait cette réflexion sur sa candidature parce que beaucoup de gens y pensent et qu’elle aussi y pense.
Par la rédaction de l'agence
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mardi 1 octobre 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. De l’affaiblissement d’Obama et de son possible rebond

La crise syrienne ne sera sans doute pas un des meilleurs souvenirs de Barack Obama lorsqu’il aura quitté la Maison blanche.
De même que les multiples blocages politiciens des républicains extrémistes, incapables de faire passer l’intérêt de leur pays avant celui des intérêts des plus riches et, surtout, de leur haine du premier président afro-américain.
Le «shutdown» («fermeture») de l’administration qui vient d’en résulter à
Washington avec le refus des élus républicains du Congrès de voter les fonds nécessaires au fonctionnement des services publics (sauf s’ils avaient pu détruire en contrepartie la loi sur l’assurance santé, la fameuse «Obamacare») en est une nouvelle et désolante preuve avec la prise en otage de toute une nation par une frange extrémiste, celle du Tea Party.
Mais alors que les opposants d’Obama pointent sa faiblesse à propos de la crise syrienne (ainsi que d’avoir remis en selle la Russie sur la scène internationale du fait de son indécision) voire du bras de fer avec l’Iran et son intention de se doter de l’arme atomique en ayant discuté avec le nouveau président du pays, Rohani, voilà que ces mêmes opposants l’accusent d’intransigeance et de dureté dans la crise du shutdown!
Comprenne qui pourra.
Toutes ces crises provoquées ou non par les ennemis des Etats-Unis et les adversaires de Barack Obama font dire à certains observateurs que le président des Etats-Unis est définitivement affaibli et que le reste de sa présidence risque d’être celle d’un canard boiteux (lame duck) bien avant l’heure.
Il semble évident à première vue que c’est le cas.
Néanmoins, ce serait oublié un peu vite que l’hôte de la Maison blanche a encore plus de trois ans de mandat et que ses affaiblissements supposés d’aujourd’hui, sont peut-être ses forces de demain comme l’estiment plusieurs experts.
Bien sûr, il se peut qu’Obama échoue face à la hargne des républicains et à la volonté des adversaires de la démocratie de travailler à tout faire pour empêcher le monde d’être plus sûr.
Mais il se peut également qu’il réussisse, que sa loi sur l’assurance santé permette réellement à des millions d’Américains, et pas seulement à ceux qui ne sont pas assurés, de pouvoir se protéger contre la maladie à un coût acceptable tout en évitant – et il faut rappeler avec force qu’il s’agit d’un des objectifs prioritaires de cette loi – que le système n’implose pas à cause de coûts prohibitifs comme cela est prédit par les spécialistes qui savent que seule une régulation peut l’éviter et qui est contenue dans «Obamacare».
De même, il est possible qu’après avoir mis fin aux conflits en Irak (illégitime) et en Afghanistan (légitime), il réussisse à renouer un vrai dialogue constructif et suivi de décisions concrètes avec l’Iran.
Sans oublier une nouvelle phase de paix entre Israël et les Palestiniens, tout en trouvant une solution acceptable au conflit en Syrie où un dictateur sanguinaire tue son peuple pendant que des groupes terroristes aussi violents tentent de prendre le contrôle du pays pour en faire une base de combat contre l’Occident.
Quant aux rapports avec la Chine, le «pivot» de sa politique étrangère vers l’Asie pour aider les voisins inquiets de la montée en puissance de l’agressivité de l’Empire du milieu permettra peut-être de stabiliser une région qui court à grande vitesse vers des périodes et des séquences de tensions extrêmes.
De son côté, l’économie sera peut-être repartie sur un rythme de croisière qui permettra au chômage de baisser fortement et de faire entrer les Etats-Unis mais aussi le monde dans une nouvelle ère de développement.
Enfin, l’urgence de mettre en route une vraie politique environnementale qui était un des objectifs de son premier mandat pourra peut-être se réaliser avec la lente prise de conscience des Américains qu’il faut agir, prise de conscience dont l’Administration Obama est en partie responsable.
On ne parle même pas des possibilités de faire passer une loi sur l’immigration indispensable pour donner un nouveau souffle à un pays qui a réussi grâce à l’arrivée et l’assimilation de millions et de millions de personnes et sur celle, morale, concernant un meilleur contrôle des armes à feu.
Si Barack Obama parvient à réaliser la moitié de ce que l’on vient de parler, alors son affaiblissement actuel n’aura été qu’un trompe-l’œil d’une politique résolument tournée vers la réforme et le consensus.
Une politique centriste qui, comme il convient de le rappeler sans cesse, a des ennemis déterminés de chaque côté de l’échiquier politique et chez tous les régimes autoritaires et dictatoriaux.
Quoiqu’il en soit, que l’on ne s’y trompe pas, Barack Obama ne navigue pas à vue mais a des objectifs précis, une méthode de gouvernement pour y parvenir structurée et une grande volonté.
Et on le constatera si les Américains lui donnent à nouveau une majorité à la Chambre des représentants en 2014 lors des élections de mi-mandat, ce qui est loin d’être une vue de l’esprit tant les républicains lassent la population avec leur guerre stérile et incessante à son encontre.
Alexandre Vatimbella
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mercredi 25 septembre 2013

Etats-Unis-Europe – Convergences des opinions publiques sur la nécessité de liens transatlantiques

Comme chaque année le German Marshall Fund publie son étude sur l’état de l’opinion publique des deux côtés de l’Atlantique (*).
Comme l’explique les auteurs du rapport, «comme les années précédentes, des majorités des deux côtés de l’Atlantique ont des vues favorables l’une de l’autre et voient d’une manière positive un fort leadership de l’Union européenne et des Etats-Unis dans les affaires du monde. Les personnes interrogées tant aux Etats-Unis qu’en Europe sont d’accord pour estimer que ni la Chine, ni la Russie ne doivent avoir ce leadership et que la Chine représente une menace économique pour la communauté transatlantique».
Concernant cette dernière, les Américains estiment même qu’elle est une menace militaire pour le monde et leur pays alors que d’autres grands pays émergents comme l’Inde, l’Indonésie ou le Brésil sont plutôt vus comme des opportunités économiques.
En outre, «des majorités aux Etats-Unis et en Europe expriment une nouvelle fois leur conviction dans l’utilité de l’OTAN, estimant que l’importance de l’organisation transatlantique vient plutôt de ce qu’elle est la réunion d’une communauté de démocraties plutôt que dans son rôle de partage d’un fardeau ou dans celui de protection contre les menaces militaires».
55% des citoyens de l’Union européenne disent qu’il faut que les Etats-Unis exercent un fort leadership dans les affaires du monde et 70% d’entre eux ont une vision positive des Etats-Unis.
Alexandre Vatimbella avec la rédaction de l’agence
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(*) Transatlantic trends 2013 / German Marshall Fund of the United States

lundi 23 septembre 2013

Les multiples politiques chinoises des Etats-Unis

Que ce soit au sein de l’Administration ou au sein du Congrès, il n’existe pas de vision commune sur la Chine selon James Przystup du Center for Strategic Research de Washington et ancien du département d’Etat.
Lors d’une conférence organisée par l’Asia Centre et le German Marshall Fund à Paris, il a expliqué qu’«il n’y a pas une politique chinoise des Etats-Unis mais autant de politiques qu’il y a d’élus au Congrès. Au niveau de l’Administration, tout dépend à qui vous vous adressez. Pour le département d’Etat, la Chine est un challenge. Pour le Pentagone, c’est un adversaire. Pour le Département du commerce, c’est une opportunité. Pour le département du Trésor, c’est une manne financière qu’il ne faut pas froisser. Et dans vingt ans, pour moi, ce sera toujours la même chose!»
Alexandre Vatimbella avec la rédaction de l’agence

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mardi 17 septembre 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. Bloomberg, l’expérience centriste réussie à New York

Le maire de New York, le milliardaire Michael Bloomberg va quitter son poste le 31 décembre 2013 après trois mandats, son remplaçant devant être élu le 5 novembre prochain.
Après trois mandats consécutifs, l’heure du bilan a sonné.
De longs articles en numéros spéciaux, les journaux locaux, du New York Times au New Yorker, se sont attelés à la tâche qui n’est pas si simple qu’on pourrait le penser.
Ainsi, Bloomberg, treizième fortune mondiale estimée à 27 milliards de dollars, se veut avant tout un homme libre qui n’obéit qu’à lui-même. Son parcours politique où il a d’abord été démocrate puis républicain, et finalement indépendant en atteste même si cette valse des étiquettes n’est pas rare dans la mégalopole américaine.
Pour se faire élire, dans la grande ville la plus démocrate et «liberal» des Etats-Unis avec San Francisco, il vaut mieux avoir celle de démocrate, même si, paradoxe extrême, la mairie échappe au parti démocrate depuis 1989!
Cependant, ceux qui sont de vrais centristes comme Bloomberg ont souvent du mal à être compétitif lors des primaires démocrates pour désigner le candidat du parti à la mairie (ou à un autre poste).
On vient de le voir avec la primaire démocrate de cette année où c’est le candidat le plus à gauche dans son discours, Bill de Blasio qui a été choisi par les électeurs pour affronter le républicain Joe Lhota, deux candidats que l’actuel maire a refusé de soutenir.
Du coup, certains deviennent républicains pour avoir plus de chances d’être investis par un grand parti, sachant que les républicains newyorkais sont souvent plus à gauche que certains démocrates du Midwest…
Néanmoins, Bloomberg ne s’est jamais senti à l’aise dans un parti pro-armes à feu (il est totalement opposé au port d’arme) et comptant des franges ultraréactionnaires, lui qui a des positions très libérales au niveau des mœurs.
C’est la raison pour laquelle il s’est enregistré comme «independent».
Au vu de son positionnement au centre, c’est sans doute là qu’il est le plus à l’aise.
Au cours de ces douze ans de mandat, Michael Bloomberg a été un progressiste au niveau culturel, un conservateur au niveau des finances publiques et un libéral (au sens européen) au niveau économique avec la volonté de faire de New York la nouvelle capitale mondiale de l’innovation en concurrençant la Silicon Valley californienne tout en rénovant le système scolaire avec l’ouverture de centaines d’école.
Ce qu’il a réussi dans les nouvelles technologies en faisant désormais de New York la concurrente directe de la région de San Francisco alors que son bilan est moins probant en matière d’éducation.
C’est lui aussi qui a été le premier dans le monde à interdire les cigarettes dans les bureaux puis dans les restaurants, bars et night-clubs et, plus récemment, dans les parcs et jardins publics.
Il a également tenté, sans grand succès, de prendre des mesures en matière d’hygiène alimentaire, en particulier en limitant la quantité de soda dans les menus des fast-foods, une décision invalidée par les tribunaux.
En matière de sécurité, la ville n’a jamais eu un taux aussi bas de criminalité (infirmant ainsi le fait qu’une politique sociétale ouverte allait à l’encontre de la sécurité) notamment avec sa mesure la plus controversée du «stop and frisk» qui permet de fouiller au corps tout individu que la police juge suspecte et qui a été employée majoritairement contre les noirs et les latinos.
En tout cas, résultat emblématique de cette politique débutée sous le mandat de son prédécesseur, le républicain Rudolph Giuliani, on peut désormais se promener à Central Park à toute heure du jour et de la nuit sans risque de se faire trucider, ce qui a surpris plus d’un Newyorkais lorsque les statistiques ont été rendues publiques…
En outre, il a, non seulement, réussi à maintenir les finances de la ville en équilibre mais il a constitué une cagnotte pour les temps difficiles.
Il faut se rappeler que dans les années 1970-1980, New York était proche d’une faillite retentissante et que le budget de la ville a toujours été une question épineuse pour les maires.
Reste que ses opposants ainsi que nombre d’observateurs estiment qu’il a peu œuvré pour la frange basse de la classe moyenne, ce qu’il conteste en expliquant, notamment, que s’il a mené une politique très accommodante pour les plus riches c’est pour que ces derniers s’installent en masse en ville et payant des impôts qui permettent de faire fonctionner les services publics correctement et de financer des programmes sociaux.
D’autres critiques sur sa gestion autocratique de la ville l’ont fait réagir vivement et vertement, lui qui estime que sa première qualité est avant tout d’être un chef, celui qui doit prendre les décisions et indiquer une direction mais qui ne considère pas avoir les compétences pour faire et qui ne s’est jamais substitué à ceux qui les possèdent.
Il faut dire qu’il n’a jamais eu la langue dans sa poche!
Reste à savoir quel sera l’avenir politique de Michael Bloomberg, lui qui ne dirige plus directement son empire médiatico-financier et qui consacre une grande partie de son temps à ses œuvres caritatives, ayant décidé d’y dépenser la plus grande partie de sa fortune.
Pendant un temps, il a caressé l’idée de se présenter à l’élection présidentielle sous l’étiquette «independent» mais il sait qu’aucun candidat n’a jamais occupé la Maison blanche sans l’investiture d’un des deux grands partis.
Certains le verraient bien briguer le poste de gouverneur de New York mais il ne semble pas intéressé pour l’instant.
Une de ses activités politiques qu’il devrait poursuivre est de financer des candidats à travers le pays qui luttent pour des causes qui lui sont chère, en particulier contre la violence et les ventes d’armes.
Quoi qu’il en soit, Michael Bloomberg présente un bilan centriste plus qu’acceptable à New York, cette ville que l’on présente souvent comme ingérable si ce n’est ingouvernable.
Gageons, d’ailleurs que ce bilan sera sans doute réévalué dans quelques années, comme c’est souvent le cas pour les bons maires de la mégalopole qui quittent toujours leur fonction sous un flot de critiques excessives.
Mais qui peut penser qu’administrer la capitale globale de la planète puisse être une sinécure…
Alexandre Vatimbella

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mardi 10 septembre 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. Crise syrienne: les limites de la «méthode Obama»?

Elu en grande partie pour mettre un terme aux guerres d’Irak et d’Afghanistan, Barack Obama, en recevant son prix Nobel quelques semaines après son élection, avait expliqué qu’il ne s’interdisait pas de faire la guerre si cela s’avérait nécessaire pour le bien de son pays.
De même, en arrivant au pouvoir, il avait pris tout le monde par surprise en remettant à l’honneur le travail législatif en faisant en sorte, lors de la loi sur l’assurance-santé, de laisser au Congrès une large autonomie pour décider de son contenu, ce qui avait généré un débat citoyen dans tout le pays.
La crise syrienne vient nous rappeler ces deux importants piliers de la «méthode Obama»: l’action, en l’occurrence ici militaire, doit, non seulement être juste et morale, mais être bénéfique aux intérêts américains; la discussion au sein du Congrès mais également dans toute la population doit être de mise pour toute décision importante.
En ce qui concerne ce dernier point, c’est, dans le cas qui nous intéresse ici, à la fois une grande victoire et une grande défaite pour la démocratie!
Il s’agit d’une victoire pour la démocratie américaine puisque celle-ci délibère au grand jour sur la nécessité de frappes contre la Syrie.
Dans le même temps, c’est également une défaite de la démocratie qui montre sa faiblesse et son indécision face à ses ennemis ainsi que face aux victimes de ces derniers.
La contradiction du système démocratique entre ses principes de fonctionnement et sa défense face aux menaces extérieures est posée dans toute sa dimension.
Personne ne peut regretter le débat démocratique qui a saisi les Etats-Unis quand Obama a décidé de laisser les élus choisir ou non l’action militaire pour punir la Syrie mais personne, non plus, ne peut se satisfaire de l’indécision dans laquelle cela a mis le gouvernement de Washington.
La délectation avec laquelle Vladimir Poutine a rejoué les plus belles partitions de la guerre froide le montre aisément.
Quant à ceux qui reprochent à Barack Obama cette voie qu’il aurait choisie par faiblesse et incohérence de sa vision du monde, ils ont oublié qu’il a toujours été pour une démocratie délibérative et qu’il l’a toujours promue même dans les pires moments de sa présidence.
Bien sûr, que ses compatriotes refusent de punir le dictateur syrien et son régime pour ses crimes abominables vis-à-vis de ses civils ne peut être une victoire des valeurs véhiculées par la démocratie.
Pour autant, dans le même temps, c’est bien le fonctionnement de la démocratie qui en sort grandi…
Quant à la guerre juste et morale qui sert les intérêts des Etats-Unis, deux points importants.
D’une part, la défaite du régime autocratique syrien ne serait pas une victoire pour les Américains – et n’a jamais été considérée comme telle à Washington – puisque la plus grande probabilité serait aujourd’hui que les fondamentalistes islamistes s’emparent alors du pays ou d’une grande partie de celui-ci et mènent des attaques terroristes conte l’Occident après avoir massacré les chrétiens syriens.
Mais la victoire de Bachar El-Assad serait une défaite pour les Américains qui, en tant que leader du monde démocratique, n’auraient pu empêcher un dictateur d’utiliser à sa guise et sans aucune sanction des armes interdites par la communauté internationale contre des civils et, en particulier, des enfants.
Certains pensent que Barack Obama a refilé la patate chaude aux sénateurs et représentants américains tout en faisant valoir son point de vue mais en espérant qu’il n’aurait pas à mener une action militaire afin de ne pas devoir choisir entre deux mauvaises solutions et ne pas être responsable de l’option choisie.
De ce point de vue, les déclarations de son secrétaire d’Etat, John Kerry, sur la seule façon qui rendrait les frappes inutiles, la destruction de toutes les armes chimiques syriennes après qu’elles aient été confiées à la communauté internationale, est vue, non comme un malheureux lapsus lors d’une conférence de presse, mais comme un moyen malin de se désengager sans trop d’humiliation alors même que le Congrès ne sait pas, non plus, trop quoi faire avec ladite patate...
Sans aller jusqu’à créditer l’administration américaine de tant de machiavélisme, il est vrai que si la crise se résolvait par cette réelle destruction, les Etats-Unis n’en seraient pas les perdants malgré le fait que les frappes militaires, au départ, n’avaient aucun rapport avec l’élimination de ces armes mais était une punition pour les avoir utilisées…
Quoiqu’il en soit, la crise syrienne montre à l’évidence que les dictatures sont plus fortes que les démocraties dans les bras de fer internationaux car elles n’ont pas à prendre en compte leurs fameuses opinions publiques, ce qu’Hitler avait bien compris et que les accords de Munich avaient entériné en 1938.
Cependant, on ne peut critiquer le fait que les règles démocratiques fonctionnent.
Tout au plus, on peut et on doit regretter que les peuples ne soient pas assez informés des réalités du monde et des conséquences d’un refus d’intervenir pour des motifs aussi importants.
Car après Munich, il y a eu la Deuxième guerre mondiale et tous ceux qui croyaient qu’il suffisait de détourner les yeux pour sauver leur peau en ont été pour leurs frais…
Quant à la «méthode Obama», elle sera jugée par l’Histoire sur ses résultats à long terme que ce soit en politique intérieure et en politique étrangère.
En revanche, que ce soit en 2008 lors de sa première élection ou en 2012 lors de sa réélection, on ne peut pas dire qu’il a pris les Américains en traître.
Cette démocratie délibérative dont il a appris le maniement quand il était travailleur social dans les quartiers pauvres de Chicago et qu’il devait trouver des solutions dans une atmosphère de violence endémique, est bien son mode de fonctionnement.
La mettre à l’honneur dans un pays où l’on parle depuis la président de Nixon dans les années 1970 de «présidence impériale» est une bonne chose dans une démocratie mature.
Malheureusement, elle suppose une majorité de citoyens également matures et là, rien n’est moins sûr…
Alexandre Vatimbella

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jeudi 18 juillet 2013

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. Barack Obama, président noir mais pas des noirs

L’emblématique victoire de Barack Obama en 2008 en a fait le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis. Mais, dès le départ, celui-ci a tout fait pour ne pas être le président des noirs.
Il avait ainsi déclaré deux mois après sa prise de fonction qu’«à l’inauguration (de sa présidence), j’ai pensé qu’il y avait une fierté justifiée d’une partie du pays que nous avions fait un pas qui avait permis de laisser derrière nous l’héritage desséché de la discrimination raciale de ce pays. Mais ce sentiment n’a duré qu’un jour».
Cette volonté lui a été reprochée maintes fois par les activistes de la communauté noire ou par les médias, que ce soit, depuis son accession au poste suprême, pour pointer l’écart toujours aussi important entre la condition de la communauté blanche et la communauté noire ou par le racisme qui semble toujours aussi présent contre les noirs dans certaines régions du pays ou dans certains groupes.
L’affaire Trayvon Martin qui vient de connaître son épilogue lorsqu’un jury composé de six femmes, dont cinq blanches et une latino, ont acquitté George Zimmerman (qui avait tué ce jeune noir qui rentrait tranquillement chez son père dans un quartier d’une petite ville de Floride au motif qu’il avait le profil d’un voleur et qu’une loi de cet Etat permet à toute personne s’estimant menacée de tuer son soi-disant agresseur), vient de rappeler, par les réactions diverses – pro et anti – qui ont accueilli ce verdict extrêmement contesté et contestable, que le «problème noir» était toujours et encore d’actualité pour ceux qui pensaient être entrés dans une ère nouvelle à ce sujet.
Bien évidemment, Barack Obama a été victime du racisme depuis qu’il s’est déclaré candidat à la présidence, sans même parler de la période d’avant celle-ci.
Rappelons que dans ce fameux «Sud profond» dont la Floride fait plus ou moins partie et où règnent toujours le fameux esprit «rednecks» (littéralement les «cous rouges» qui sert à désigner, par les habitants des côtes Est et Ouest, les ploucs racistes du Sud et du Midwest), on entendait encore lors de la campagne de 2008 des phrases du genre «les noirs et les femmes, ça ne fait pas de politique».
Et depuis son élection, Obama est un des présidents les plus insultés avec des injures qui ne sont pas toujours directement racistes mais qui ne trompent personne. Sans parler de ceux qui déclaraient vouloir prendre les armes au cas où il serait réélu…
Pour autant, si Barack Obama, lors du meurtre de Trayvon Martin en mars 2012 s’était risqué à déclarer que s’il avait eu un fils il lui aurait ressemblé, ce qui était sa deuxième déclaration présidentielle de soutien aussi directe à un noir (il en avait faite une autre en 2009 lorsqu’un professeur d’Harvard, Henry Louis Gates jr. avait été pris par la police pour un cambrioleur alors qu’il rentrait chez lui et molesté), il a réagi après le verdict en parlant de tragédie et en demandant un contrôle plus strict des armes à feu mais sans évoquer la couleur de peau d’aucun des deux protagonistes.
Cela n’empêche pas les membres d’extrême-droite du Parti républicain d’affirmer que le cas Trayvon Martin a été instrumentalisé dès le départ par la Maison blanche pour faire passer tous les républicains comme des racistes et que c’était une des causes de la défaire de Mitt Romney lors du scrutin de novembre dernier!
Cette thèse farfelue (contenue, notamment, dans un livre d’un activiste d’extrême-droite très apprécié du Tea Party) qu’évidemment aucune preuve n’étaye, est un exemple parmi d’autres qui montrent tout le danger pour Obama d’être le défenseur de sa communauté en tant que président. Cela montre aussi comment cette extrême-droite tente de diaboliser constamment ce président noir qui serait l’instigateur d’un complot pour mettre à mal la démocratie pour défendre sa communauté, ce qui s’appelle du racisme!
Et puis, Barack Obama n’a été qu’une seule fois sur le continent africain lors de son premier mandat et vient d’achever ce qui risque d’être son seul ou un de ses deux voyages en Afrique de son second mandat.
Plusieurs raisons expliquent cette décision Barack Obama de ne pas être le président des noirs.
En premier lieu, il a toujours dit qu’il voulait être un président «normal» même s’il appréciait la valeur hautement symbolique de son élection en tant que premier noir à la Maison blanche. Mais, dans son esprit, sa réélection a été plus importante encore car elle a démontré au monde entier que si la couleur de sa peau avait pu jouer en sa faveur en 2008, c’est bien sa compétence qui avait été récompensée en 2012, les Américains n’ayant plus besoin de se donner bonne conscience en votant pour un noir s’il avait été un incapable.
En second lieu, sa vision profondément centriste ne peut s’accommoder de la condition restrictive de président des noirs ou de tout autre cause ou communauté particulières. Cela irait à l’encontre de ses convictions et ses valeurs politiques qui sont d’être le président de tout les Américains en recherchant constamment le juste équilibre et le consensus.
En troisième lieu, dès son intronisation, il a voulu éviter les polémiques destructrices pour sa fonction et sa politique ainsi que pour les intérêts de la communauté noire s’il avait été un avocat engagé de cette dernière et un porte-parole dénonçant tous les actes de racismes à travers le pays. Sa crédibilité aurait été atteinte profondément et le racisme plus ou moins latent dont on vient de voir la réalité aurait pu s’exprimer sans aucune retenue et paralyser toutes ses initiatives au-delà de ce que les républicains ont mis en place depuis 2010 et leur victoire aux élections de mi-mandat, c’est-à-dire le plus grand blocage politique jamais organisé depuis que les Etats-Unis existent (et, pourtant, des blocages, il en a existé!).
Cependant, il faut bien se rappeler que Barack Obama n’est pas un Michael Jackson de la politique.
Il n’a jamais tenté de cacher qu’il est un membre de la communauté noire. Plus, il le revendique sans aucune ambiguïté. Car, n’oublions pas qu’il est métis et qu’il aurait pu choisir de se définir comme blanc (aux Etats-Unis, c’est l’individu qui choisit sa communauté d’appartenance en cochant une case sur un formulaire), ce qu’il n’a pas fait, tout à fait consciemment et comme un acte militant.
De même, il a épousé une femme noire descendante d’esclave pour mieux revendiquer son appartenance à cette communauté alors que plusieurs activistes noirs affirmaient que né d’une mère blanche et d’un père kenyan (donc non-américain), il ne pouvait en être.
Barack Obama entrera sûrement dans l’Histoire comme le premier président noir des Etats-Unis d’Amérique. Peut-être qu’il y sera également pour ce qu’il aura accompli ainsi que pour son intelligence et son charisme. En tout cas, c’est tout ce qu’il souhaite et il aura tout fait pour que ce soit le cas.
Alexandre Vatimbella avec la rédaction

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mardi 9 juillet 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. L’accord de libre-échange Etats-Unis-Europe, bien plus que du commerce

La mondialisation a fait émerger de nouvelles puissances économiques et commerciales, au premier rang desquelles on trouve les membres du Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine) et quelques autres, même si la crise actuelle a relativisé leur croissance économique passée, pour l’instant.
Elle a également, pour le meilleur, ouvert le monde politiquement et culturellement en le métissant et, pour le pire, susciter des réactions identitaires violentes et obscurantistes comme on le voit, par exemple, en Egypte avec les Frères musulmans ou au Venezuela avec un nationalisme étriqué, sans parler de l’agressivité montante de la Russie et de la Chine.
De ce point de vue, les démocraties ont tout intérêt à se rapprocher afin de pérenniser leurs acquis, d’être plus solidaires entre elles et de continuer à montrer le chemin au reste du monde.
C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’accord de libre-échange qui est sur la table des négociations actuellement à Washington entre les Etats-Unis et l’Union européenne.
Bien évidemment, les avantages en matière de commerce et donc de croissance et d’emploi devraient être significatifs selon les projections faites par plusieurs études.
De même, cela devrait permettre de créer une vaste zone avec des règles et des règlements communs, ce qui boostera mécaniquement l’innovation et les alliances industrielles.
Pour autant, les gains principaux devraient être un rapprochement politique entre les pays occidentaux qui seraient ainsi mieux armés dans la mondialisation.
Mais cela en dérange certains pour des raisons qui vont de la haine de l’autre à la volonté de sauvegarder quelques petites prébendes qui seront balayées, quoiqu’il arrive, à plus ou moins brève échéance, par la vague mondialisée, quelque soient les digues que l’on érige pour s’en protéger.
Ainsi les entreprises de déstabilisation ont commencé. Et il n’est guère besoin d’être devin pour affirmer que les adversaires d’un tel rapprochement vont sauter sur toutes les occasions afin de faire échouer les négociations et, in fine, l’accord.
On l’a vu avec cette fameuse exception culturelle brandie par le gouvernement français et défendue par tous les nationalistes de gauche et de droite, sans même laisser les discussions s’engager pour voir ce que l’on pourrait conclure comme deal.
On l’a vu avec l’affaire Snowden et l’espionnage américain en Europe et la menace ridicule de reporter l’ouverture des négociations sur le traité de libre-échange brandie encore une fois par la France (comme si cela avait quelque à voir) alors que, non seulement, les pays européens coopèrent avec les Etats-Unis sur les programmes de surveillance mais que, eux aussi, en ont et qui espionnent, entre autres, les Américains…
On peut s’attendre à d’autres offensives du même genre dès qu’un pet de travers sera exploitable que ce soit aux Etats-Unis ou dans les pays européens qui, chacun, compte de nombreux adversaires de ce futur traité.
Et on peut compter sur certains pays comme la Russie, la Chine et quelques autres pour ne pas laisser passer de telles occasions de diviser le camp occidental en mettant de l’huile sur le feu.
Mais tous ceux qui sont dans la réalité et la responsabilité savent bien que le monde est un espace de rapports de force, qu’on le déplore ou non, et qu’il faut se battre pour avoir sa place au soleil (ce qu’on fait les occidentaux depuis plusieurs siècles).
Tant que ce sera le cas – et cela risque malheureusement de durer encore quelque temps! – alors les alliés (en l’occurrence ici les Etats-Unis et l’Europe) ont un intérêt primordial à nouer de plus en plus de liens.
Laisser passer cette chance, même s’il doit y avoir quelques dégâts collatéraux, serait une faute politique.
On peut penser que les dirigeants de grandes puissances comme les Etats-Unis et l’Union européenne ne la commettront pas même si, concernant cette dernière, le passé nous montre que rien n’est moins assuré…
Alexandre Vatimbella avec la rédaction

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lundi 8 juillet 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. Présidentielle 2016: En attendant Hillary

Les médias américains qui veulent de plus en plus avoir une élection d’avance, fourmillent de reportages, d’articles et de commentaires sur la prochaine présidentielle de 2016 et, surtout, sur la probable candidature à la primaire démocrate d’Hillary Clinton.
Ancienne première dame (surtout ancienne principale conseillère de Bill, son mari président), ancienne sénatrice de New York, ancienne candidate malheureuse à la primaire de 2008 face à Obama (et, alors, ancienne favorite qui, il ne faut pas l’oublier, avait réuni plus de voix qu’Obama mais avait été battue à cause du mode de désignation du candidat démocrate), ancienne secrétaire d’Etat du même Obama de 2009 à 2013, son parcours politique est bien rempli et beaucoup de politiques s’en contenterait.
Mais Hillary Clinton poursuit un double but: son ambition qui a toujours été grande (on dit que c’est elle qui était la plus capable de devenir président dans son couple avec Bill) et l’ambition de voir, enfin, une femme comme président(e) des Etats-Unis.
Pour autant, rien n’est gagné pour elle si elle se décide à se présenter.
Si elle possède déjà un grand avantage sur tout autre candidat démocrate en vue de la primaire et tout candidat républicain lors de la présidentielle, elle devra démontrer qu’elle n’est pas trop âgée pour le poste, qu’elle propose un programme consistent et non qu’elle est «juste» une femme.
Sans oublier son positionnement centriste depuis toujours et encore plus marqué que celui d’Obama.
Concernant son âge (elle aura 69 ans en 2016), il s’agit actuellement de l’angle d’attaque de nombreux républicains pour la disqualifier. Mais comme le note le site Politico, cela pourrait bien se retourner contre ces derniers.
D’une part, parce que les séniors pourraient, dans les Etats-clés où ils sont nombreux (Floride, Ohio), voter pour elle et la faire gagner haut la main. D’autre part, parce que rien n’indique actuellement que cet argument pourrait avoir un effet négatif sur l’électorat en général (69 ans au XXI° siècle n’est pas «vieux»).
Rappelons, en outre, que l’icône de la quasi-totalité des républicains d’aujourd’hui, est Ronald Reagan qui fut le candidat le plus vieux à être élu président des Etats-Unis et qui prit ses fonctions à 70 ans en 1981…
Et puis, l’électorat américain est majoritairement féminin. Les Américaines verraient sûrement d’un mauvais œil que l’on essaye de jouer sur l’âge d’Hillary Clinton, ce qu’elles assimileraient à une façon détournée pour les misogynes et autres antiféministes de ne pas parler ouvertement de son sexe (comme certains racistes en 2008 parlaient de l’incompétence de Barack Obama).
Bien évidemment, Hillary Clinton devra éviter d’être seulement une candidate. Même si cela lui rapportera un soutien puissant au-delà de l’électorat démocrate et même «independent», ce positionnement peut être, in fine, un désavantage si les Américains ne la voient uniquement que comme quelqu’un qui se définit par son sexe féminin.
Mais ce reproche ne sera sans doute pas à l’ordre du jour quand on connaît son parcours politique et son implication forte dans la politique américaine par ses prises de position, par ses actes et par ses propositions.
Une des forces d’Hillary Clinton est certainement son centrisme qu’elle a toujours affiché et revendiqué. Elle est ainsi capable de réunir sur son nom de nombreux «independents» (électeurs qui se disent ni démocrates, ni républicains) ainsi que nombre de républicains modérés (d’autant plus si le Parti républicain se choisit un candidat très à droite, ce qui est une probabilité non-négligeable).
Pour autant, Clinton qui peut être définie comme plutôt progressiste en matière sociétale, plutôt conservatrice en matière économique et plutôt «faucon» en matièrre de politique étrangère, sera sans doute contestée par une partie de l’aile gauche du Parti démocrate qui l’avait déjà attaquée durement lors de la primaire de 2008 face à Obama, l’accusant d’être trop à droite (son vote en faveur de la guerre en Irak est un des thèmes récurrents utilisés par les «liberals» même si elle a expliqué que si elle avait connu la réalité exacte de la situation, l’absence d’armes de destruction massive par Saddam Hussein, elle ne se serait pas prononcée en faveur d’une attaque militaire).
De l’autre côté, nul doute que les tenants du Tea Party (droite extrême), mettront en avant son soutien à de nombreuses causes comme le mariage homosexuel ou l’avortement.
Quoiqu’il en soit, et même si son taux de popularité a baissé ces dernières semaines, Hillary Clinton demeure la favorite pour l’élection de 2016.
Si elle parvenait à l’emporter, non seulement elle serait la première «Madam the President» mais elle serait une présidente centriste qui se situerait dans un prolongement de la présidence de Barack Obama sans en être, toutefois, son héritière.
Alexandre Vatimbella
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