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mardi 17 septembre 2013

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. Bloomberg, l’expérience centriste réussie à New York

Le maire de New York, le milliardaire Michael Bloomberg va quitter son poste le 31 décembre 2013 après trois mandats, son remplaçant devant être élu le 5 novembre prochain.
Après trois mandats consécutifs, l’heure du bilan a sonné.
De longs articles en numéros spéciaux, les journaux locaux, du New York Times au New Yorker, se sont attelés à la tâche qui n’est pas si simple qu’on pourrait le penser.
Ainsi, Bloomberg, treizième fortune mondiale estimée à 27 milliards de dollars, se veut avant tout un homme libre qui n’obéit qu’à lui-même. Son parcours politique où il a d’abord été démocrate puis républicain, et finalement indépendant en atteste même si cette valse des étiquettes n’est pas rare dans la mégalopole américaine.
Pour se faire élire, dans la grande ville la plus démocrate et «liberal» des Etats-Unis avec San Francisco, il vaut mieux avoir celle de démocrate, même si, paradoxe extrême, la mairie échappe au parti démocrate depuis 1989!
Cependant, ceux qui sont de vrais centristes comme Bloomberg ont souvent du mal à être compétitif lors des primaires démocrates pour désigner le candidat du parti à la mairie (ou à un autre poste).
On vient de le voir avec la primaire démocrate de cette année où c’est le candidat le plus à gauche dans son discours, Bill de Blasio qui a été choisi par les électeurs pour affronter le républicain Joe Lhota, deux candidats que l’actuel maire a refusé de soutenir.
Du coup, certains deviennent républicains pour avoir plus de chances d’être investis par un grand parti, sachant que les républicains newyorkais sont souvent plus à gauche que certains démocrates du Midwest…
Néanmoins, Bloomberg ne s’est jamais senti à l’aise dans un parti pro-armes à feu (il est totalement opposé au port d’arme) et comptant des franges ultraréactionnaires, lui qui a des positions très libérales au niveau des mœurs.
C’est la raison pour laquelle il s’est enregistré comme «independent».
Au vu de son positionnement au centre, c’est sans doute là qu’il est le plus à l’aise.
Au cours de ces douze ans de mandat, Michael Bloomberg a été un progressiste au niveau culturel, un conservateur au niveau des finances publiques et un libéral (au sens européen) au niveau économique avec la volonté de faire de New York la nouvelle capitale mondiale de l’innovation en concurrençant la Silicon Valley californienne tout en rénovant le système scolaire avec l’ouverture de centaines d’école.
Ce qu’il a réussi dans les nouvelles technologies en faisant désormais de New York la concurrente directe de la région de San Francisco alors que son bilan est moins probant en matière d’éducation.
C’est lui aussi qui a été le premier dans le monde à interdire les cigarettes dans les bureaux puis dans les restaurants, bars et night-clubs et, plus récemment, dans les parcs et jardins publics.
Il a également tenté, sans grand succès, de prendre des mesures en matière d’hygiène alimentaire, en particulier en limitant la quantité de soda dans les menus des fast-foods, une décision invalidée par les tribunaux.
En matière de sécurité, la ville n’a jamais eu un taux aussi bas de criminalité (infirmant ainsi le fait qu’une politique sociétale ouverte allait à l’encontre de la sécurité) notamment avec sa mesure la plus controversée du «stop and frisk» qui permet de fouiller au corps tout individu que la police juge suspecte et qui a été employée majoritairement contre les noirs et les latinos.
En tout cas, résultat emblématique de cette politique débutée sous le mandat de son prédécesseur, le républicain Rudolph Giuliani, on peut désormais se promener à Central Park à toute heure du jour et de la nuit sans risque de se faire trucider, ce qui a surpris plus d’un Newyorkais lorsque les statistiques ont été rendues publiques…
En outre, il a, non seulement, réussi à maintenir les finances de la ville en équilibre mais il a constitué une cagnotte pour les temps difficiles.
Il faut se rappeler que dans les années 1970-1980, New York était proche d’une faillite retentissante et que le budget de la ville a toujours été une question épineuse pour les maires.
Reste que ses opposants ainsi que nombre d’observateurs estiment qu’il a peu œuvré pour la frange basse de la classe moyenne, ce qu’il conteste en expliquant, notamment, que s’il a mené une politique très accommodante pour les plus riches c’est pour que ces derniers s’installent en masse en ville et payant des impôts qui permettent de faire fonctionner les services publics correctement et de financer des programmes sociaux.
D’autres critiques sur sa gestion autocratique de la ville l’ont fait réagir vivement et vertement, lui qui estime que sa première qualité est avant tout d’être un chef, celui qui doit prendre les décisions et indiquer une direction mais qui ne considère pas avoir les compétences pour faire et qui ne s’est jamais substitué à ceux qui les possèdent.
Il faut dire qu’il n’a jamais eu la langue dans sa poche!
Reste à savoir quel sera l’avenir politique de Michael Bloomberg, lui qui ne dirige plus directement son empire médiatico-financier et qui consacre une grande partie de son temps à ses œuvres caritatives, ayant décidé d’y dépenser la plus grande partie de sa fortune.
Pendant un temps, il a caressé l’idée de se présenter à l’élection présidentielle sous l’étiquette «independent» mais il sait qu’aucun candidat n’a jamais occupé la Maison blanche sans l’investiture d’un des deux grands partis.
Certains le verraient bien briguer le poste de gouverneur de New York mais il ne semble pas intéressé pour l’instant.
Une de ses activités politiques qu’il devrait poursuivre est de financer des candidats à travers le pays qui luttent pour des causes qui lui sont chère, en particulier contre la violence et les ventes d’armes.
Quoi qu’il en soit, Michael Bloomberg présente un bilan centriste plus qu’acceptable à New York, cette ville que l’on présente souvent comme ingérable si ce n’est ingouvernable.
Gageons, d’ailleurs que ce bilan sera sans doute réévalué dans quelques années, comme c’est souvent le cas pour les bons maires de la mégalopole qui quittent toujours leur fonction sous un flot de critiques excessives.
Mais qui peut penser qu’administrer la capitale globale de la planète puisse être une sinécure…
Alexandre Vatimbella

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