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mercredi 11 juin 2014

Le Carnet Américain d’Alexandre Vatimbella. La situation paradoxale du Centre aux Etats-Unis

Alors que se profilent, en novembre prochain, les élections de «mi-mandat» qui renouvelleront entièrement la Chambre des représentants et un tiers des sénateurs mais que, également, nous ne sommes plus qu’à deux ans de la prochaine élection présidentielle, c’est-à-dire, en terme de temps politique qui s’est accéléré dans tous les démocraties (et encore plus aux Etats-Unis), demain, quelle est la situation du Centre et des centrismes américains?
Elle est pour le moins paradoxale.
Le président actuel, Barack Obama, est un centriste assumé et la favorite (non encore déclarée) pour la présidentielle de 2016 est Hillary Clinton, tout autant une centriste assumée, elle qui fait actuellement l’actualité avec la sortie de ses mémoires («Hard Choices») sur son passage au département d’Etat lors du premier mandat d’Obama.
Tous deux sont, par ailleurs, des membres du Parti démocrate.
Mais, dans le même temps la Chambre des représentants est dominée depuis 2010 par la droite du Parti républicain (même si les démocrates ont obtenu plus de voix aux dernières élections mais que le «charcutage» des circonscriptions avantage les républicains) et cette dernière, selon toute vraisemblance, devrait encore y être aux commandes après les prochaines élections.
Quant au Sénat, il risque de passer sous domination de cette même droite républicaine.
Dans cet étonnant paradoxe, les idées centristes ont été durement attaquées ces deux dernières années.
Par la gauche (les «liberals» du Parti démocrate) qui ne voient là que des thèses de droite un peu plus modérées.
Par la droite (la droite dure et, surtout, la droite radicale ainsi que l’extrême-droite, le fameux Tea Party, toutes réunies sous la bannière républicaine) qui ne voient là que des thèses «socialistes», voire «communistes».
Le tout dans un pays qui connait, comme tous les démocraties occidentales, une montée de l’individualisme et de son aspect négatif et néfaste, l’autonomisation individuelle égocentrique, irresponsable et irrespectueuse de l’individu que j’ai eu l’occasion de détailler dans «Le Centrisme du XXI° siècle» (*) et qui est un des dangers principaux que doit affronter la démocratie républicaine dans les décennies à venir.
Ce qui fait qu’il est très difficile de trouver des consensus réels dans la population, chacun défendant avant tout son intérêt et ne se satisfaisant pas de compromis comme ce fut plus souvent le cas entre 1945 et 1980, jusqu’à l’élection de Ronald Reagan (même si l’époque dorée souvent évoquée par certains n’a jamais existé et que les affrontements républicains-démocrates ont pu être durs à certains moments au cours de cette période).
Prenons l’exemple des soins de santé. Une majorité des Américains demeurent opposés à la réforme mise en place par Barack Obama parce qu’elle craint pour ses avantages et de devoir payer plus cher, mais surtout parce que c’est une réforme décidée par Washington, la ville que l’on déteste et que l’on veut abattre (tout politicien qui veut se faire élire doit affirmer à un moment ou à un autre qu’il va aller faire le ménage dans la capitale).
Mais, dès que le gouvernement fédéral veut réformer un système d’aide, comme ce fut le cas pour Medicaid, l’assurance pour les personnes âgées, alors il y a un front du refus pour que l’Etat ne touche pas à ce programme alors même que c’est lui qui l’a créé et qui le gère, ce que ne savent pas une grande partie des Américains!
Mais le paradoxe ne s’arrête pas là.
Car, de sondages en sondages, les Américains ont plutôt tendance à se situer au centre de l’échiquier politique alors que le nombre d’élus centristes continuent de baisser inexorablement.
Il n’y en a quasiment plus au Parti républicain et de moins en moins au Parti démocrate.
Cette situation est une des conséquences de ce charcutage (appelé «gerrymandering» aux Etats-Unis) que j’évoquais plus haut et qui a consisté, ces dernières années, surtout dans les Etats dominés par la républicains, à fabriquer des circonscriptions sûres pour chaque parti.
Ainsi, dans de nombreux endroits, ce n’est plus le scrutin officiel qui désigne l’élu mais les primaires à l’intérieur d’un des deux partis puisque son représentant est ensuite sûr d’être élu…
Evidemment cela favorise dans chaque camp les minorités agissantes qui se mobilisent pour ces primaires, c’est-à-dire des personnes plus à droite et plus à gauche que la moyenne de la population américaine.
Du coup, seule l’élection présidentielle reflète les véritables forces en présence.
Encore que, les dispositions prises par de nombreux Etats (dominés par les républicains) pour limiter dans les faits le vote des minorités et des plus pauvres afin de pénaliser le Parti démocrate vont peut-être désormais fausser la démocratie comme ce fut le cas au pire moment de la ségrégation dans le Sud.
Car une majorité de la population américaine est aujourd’hui modérée et centriste et elle souhaite que l’égalité des citoyens soient mieux respectée ainsi que ses «opportunities» (que l’on peut traduire par chances et opportunités) de réussite alors que les riches deviennent de plus en plus riche, que les pauvres sont plus nombreux et que les revenus de la classe moyenne stagnent quand ils ne régressent pas.
Néanmoins, dans la plus pure tradition américaine, l’Etat fédéral demeure une sorte de machine obscure dont on continue à se méfier et qui permet à tous les démagogues et les opportunistes de faire entendre leurs voix.
Ainsi en est-il quand le gouvernement veut offrir une assurance santé à tous les Américains ou quand il vaut limiter le port d’armes.
En outre, le métissage de plus en plus grand de la population américaine avantage de loin de la Parti démocrate qui est nettement plus ouvert qu’un Parti républicain dont les électeurs sont majoritairement des hommes blancs de plus de40 ans qui ont peur de l’avenir avec, selon eux, la décadence de la culture anglo-saxonne, ce qui les amène à un grand conservatisme et à des comportements souvent xénophobes.
Tout ceci fait que ce paradoxe devrait perdurer et impacter durement le pays qui se retrouve paralysé pour de grandes décisions qui engagent son avenir (réforme de la politique d’immigration, transition énergétique, lutte contre le réchauffement climatique, pérennisation de l’assurance santé, continuation de la réforme du système financier, vaste plan de construction et de réparation d’infrastructures, entre autres).
Les prochaines élections législatives devraient ainsi être à l’avantage des républicains (d’autant plus que Barack Obama, attaqué sans cesse par ceux-ci mais aussi les médias et une partie des démocrates, est actuellement très fragilisé) alors que les prochaines élections présidentielles devraient voir un démocrate l’emporter, sans doute Hillary Clinton (même si elle n’est pas encore candidate et qu’elle doit s’attendre à des attaques d’une dureté exceptionnelle si elle se présente).
Il y a, bien entendu, des tentatives pour sortir de cette impasse avec des républicains et des démocrates modérés qui discutent ensemble pour trouver des compromis et établir des consensus, voire pour s’allier dans des structures informelles ou pour créer une troisième force centrale qui n’a jamais pu, jusqu’à présent, peser sur les élections malgré plusieurs essais infructueux.
Les électeurs des deux bords, aussi, semblent plus enclins à vouloir voir le pays aller de l’avant plutôt que de demander à leurs élus respectifs d’être intransigeants avec l’autre camp.
C’est en tout cas ce que disent les sondages.
Toujours est-il que la dureté des affrontements politiques lors du mandat de Barack Obama vient, c’est vrai, d’un conservatisme en total résistance du Parti républicain (sans oublier le racisme d’une partie de son électorat) mais, surtout, d’une peur panique de perdre pour longtemps le pouvoir face à des démocrates qui sont plus en phase avec la démographie du pays.
C’est pourquoi, quand Obama a proposé, dès sa prise de fonction en 2009, suite à ses promesses de campagne, de travailler avec les républicains, afin de tenter de trouver de larges consensus entre les deux bords et de mettre en place un régime «post-partisan», certes quelque peu utopique, les républicains ont répondu par le blocage du système politique, une opposition intransigeante et des attaques constantes sur la personne même du président.
Rappelons, tout de même, que le blocage institutionnel fait partie même du régime politique américain, voulu par les Père fondateurs qui, par peur qu’une faction puisse diriger le pays pour ses intérêts propres et pour protéger les droits de la minorité, a mis en place un système qui oblige aux compromis et aux consensus et, si ce n’est pas le cas, aboutit à une paralysie quasi-totale.
Cette méfiance qu’ils avaient d’une majorité qui pourrait opprimer la minorité est à mettre à leur crédit.
Reste que cela permet aujourd’hui à des activistes radicaux très minoritaires, comme ceux du Tea Party par exemple (grâce à la fortune de quelques milliardaires réactionnaires qui les soutiennent), de bloquer la plus vieille démocratie du monde.
Elle a surtout permis l’existence de ce paradoxe qui fait que les Etats-Unis sont en train de devenir ingouvernables.
Car c’est bien à un gouvernement centriste qu’ils pensaient quand ils ont mis en place les fameux «checks and balances» (que l’on peut traduire sommairement par des mesures permettant l’équilibre des trois pouvoirs – exécutif, législatif, judiciaire –, chacun pouvant bloquer l’autre) mais ils n’ont pas forcément compris que ce système pourrait être utilisé un jour par ceux qui jouent contre leur pays.
In fine, la tâche des centristes, qu’ils soient républicains, indépendants (comme Michael Bloomberg) ou démocrates (comme Hillary Clinton), de remettre la politique américaine sur des bons rails, s’annonce des plus ardues même s’ils représentent la volonté de la majorité du pays. Ou, peut-être, à cause de cela…

Alexandre Vatimbella

(*) «Le Centrisme du XXI° siècle – La politique de l’Humanisme Respectueux et du Juste Equilibre» (CREC Editions)

copyright 2014 LesNouveauxMondes.org 

mardi 3 juin 2014

Le Carnet Américain d'Alexandre Vatimbella. De l’évidente utilité du traité de libre-échange transatlantique

Il faudra un jour que certains médias nous expliquent comment ils peuvent donner la parole à tous les menteurs de la terre au nom du soi-disant respect des opinions alors qu’il s’agit manifestement de susciter des controverses artificielles et de faire du taux d’audience à peu de frais.
Le pire est que ces médias sont souvent incapables de contredire ces propos manifestement trompeurs par manque de connaissances des questions abordées.
S’agit-il encore d’«information»?
En l’occurrence, les menteurs dont je veux parler sont ceux qui se déchaînent depuis des semaines contre le traité de libre-échange que les Etats-Unis et l’Union européenne négocient actuellement, le fameux TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership soit le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement).
Ce serait, selon eux, des négociations secrètes tellement les sujets en discussion auraient comme finalité de mettre en place des mesures qui spolieraient les peuples européens au profit des grandes multinationales américaines.
Et, un jour, en nous réveillant, nous serions sous la coupe de cet accord scélérat et sous la coupe de ces multinationales criminelles en mangeant du bœuf aux hormones ou des poulets lavés au chlore, nos champs remplis d’OGM, achetant à prix fort du gaz de schiste américain pendant que des entreprises américaines foreraient aux quatre coins de l’Europe pour en trouver au mépris de l’environnement et de notre santé, j’en passe et des meilleures.
Que de mensonges.
Outre le fait que rien de ce qui est écrit ci-dessous n’est exact (même si, par ailleurs, certaines de ces soi-disant «menaces» pour le mode de vie «made in Europe» n’en seraient pas), rappelons que pour que ce traité soit adopté, il faut primo que tous les chefs d’Etat des pays de l’Union européenne avalisent son contenu puis qu’ensuite tous les Parlements de ces mêmes pays le ratifient après, évidemment, une discussion publique et un vote qui le sera tout autant.
A noter que c’est exactement ce qui doit se produire également du côté des Etats-Unis.
Un seul pays contre suffit pour que le traité ne soit pas ratifié et n’entre jamais en vigueur.
Comment dès lors imaginer que dans ces vingt-neuf pays démocratiques où existent des partis politiques aux opinions opposées et où règnent la liberté d’une presse indépendante et puissance que tout ceci demeure secret et que des horreurs nous soient imposés en catimini!
Voilà bien des comportements indignes de politiciens dont la plupart sont d’extrême-droite et d’extrême-gauche, ce qui n’est guère étonnant.
Ce qui l’est plus, c’est que d’autres, à gauche, à droite et au centre ont repris cette propagande anti-traité avant les élections européennes dans l’espoir de gagner des voix à peu de frais.
Sans oublier une partie des médias qui ne fait pas son travail.
Et ceci est grave au moment où les peuples d’Europe et celui des Etats-Unis ont besoin politiquement et économiquement de resserrer leurs liens face à tous les dangers qui les menacent et menacent les sociétés démocratiques.
Il est urgent pour la sphère occidentale de rappeler qu’elle est une même communauté démocratique et qu’elle possède globalement les mêmes intérêts.
Et tous les extrêmes qui sonnent la charge contre le traité transatlantique ne peuvent se résoudre à accepter que la liberté est la base essentielle des régimes démocratiques et que ceux-ci sont un bien commun de l’Occident.
On voit bien les intentions de ceux qui professent des mensonges et des rumeurs sur ce traité, se refermer sur nous-mêmes, en tournant le dos au présent et à l’avenir, en espérant qu’en faisant l’autruche, l’ouragan de la mondialisation, que nous pourrions maîtriser, notamment grâce à ce traité, nous épargne par une sorte de miracle improbable….
Bien sûr, le traité transatlantique n’est pas la formule miracle ni même la panacée mais il est un réel espoir pour des jours meilleurs, en particulier pour la France qui décroche lentement des pays leaders depuis une dizaine d’années.
D’autant que les grands pays émergents s’intéressent peu à elle pour leurs investissements.
Quand c’est le cas, c’est le plus souvent pour piller la technologie avancée des entreprises qu’ils rachètent et ensuite les démanteler ou pour inonder le marché français avec des produits à bas prix bénéficiant d’un dumping social et monétaire.
Bien sûr, les capitalistes américains (et ceux du vieux continent pour des Américains souvent aussi frileux que les Européens vis-à-vis de ce traité) ne sont pas des enfants de chœur en regard de ceux des pays émergents. Mais, souvent, ils rachètent pour s’ouvrir des marchés et faire des investissements qui créent des emplois.
Si demain l’Europe et les Etats-Unis réussissent à mettre en place un vrai marché transatlantique avec des normes communes, ils pourront reprendre la main et imposer à tous les autres pays le respect de celles-ci.
Cela créera, mécaniquement, une dynamique qui aboutira à plus de croissance et donc à plus d’emplois.
En ces temps de disette, faire la fine bouche sur cette dynamique, c’est jouer contre son pays.
Alexandre Vatimbella

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