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vendredi 14 août 2015

Le carnet américain d’Alexandre Vatimbella. Donald Trump, produit du populisme, de l’extrémisme et… de la démocratie!

Or donc Donald Trump est la grande surprise de la présidentielle américaine de 2016 (qui n’en est encore qu’à ses prémisses, rappelons-le), lui qui est en tête des sondages pour les primaires républicaines, accentuant même son avance au fur et à mesure de ses déclarations incendiaires et de l’indignation qu’elles suscitent.
Si l’on veut parler de lui sérieusement, il faut d’abord retracer rapidement son histoire.
Fils d’un promoteur immobilier de Brooklyn aux pratiques parfois peu orthodoxes, il a repris le flambeau dans les années 1970 en construisant de nombreux immeubles dans tout le pays et particulièrement à New York, sa ville natale.
Mais il est également un homme qui a fait toutes sortes de business autour de sa personne et de son nom, devenant même une star de la téléréalité en particulier avec son émission sur les apprentis businessmen.
Dès son entrée sur la scène immobilière puis sur celle des peoples, Donald Trump a été, à la fois, un provocateur, un charmeur, un manipulateur, un mythomane, toujours à la bouche l’insulte facile et la menace, cette dernière comme tentative systématique de faire taire ses ennemis (très nombreux) et la presse, notamment par des plaintes et des procès qui, généralement, ne voient jamais le jour.
Sans oublier ses pratiques douteuses comme de donner de l’argent à l’ensemble des politiciens de tous bords afin de pouvoir ensuite leur demander (et y réussir souvent mais pas toujours) des retours sur investissement.
Et ce n’est pas le diffamer que de dire cela, puisqu’il s’en est vanté dans plusieurs interviews récentes affirmant qu’il s’agissait pour lui d’une manière comme une autre de travailler…
Last but not least, Trump a fait quatre fois faillites, retombant néanmoins sur ses pattes à chaque fois.
Ces dernières frasques que l’on pu voir sur toutes les télévisions du monde (insultes, entre autres, contre les Mexicains, John McCain, les femmes dont la présentatrice vedette de la chaîne Fox news, etc.) n’ont étonné que ceux qui ne le connaissaient pas bien.
Donald Trump «The Donald» comme il est baptisé par les medias, n’est donc pas né hier ou avant-hier.
Néanmoins, est-il un pur produit américain comme le laisse croire les commentaires des journalistes et des «spécialistes» toujours prompts à voir la paille dans les yeux étasuniens avant d’ôter la poutre dans ceux des européens?
Si l’on regarde ce qui se passe ailleurs, nombre de politiciens à travers le monde ont des profils assez similaires, de Poutine à Le Pen en passant par Tsipras.
Qu’est-ce que, par exemple, Trump a de différent d’un personnage tel que Berlusconi? Rien, ils jouent tous deux dans la même catégorie du leader qui a réussi à faire fortune dans les affaires et qui se propose d’en faire de même en politique avec l’aplomb du mégalomaniaque narcissique (la mèche de cheveu de l’Américain n’a rien à envier à la chirurgie esthétique de l’Italien).
Quant aux bouffons provocateurs, on en a à revendre de ce côté-ci de l’Atlantique, entre ceux dont c’est la profession et qui ont voulu se présenter (Coluche) ou qui l’ont fait (Beppe Grillo) et ceux qui en sont (Jean-Marie Le Pen, Pim Fortuyn, Geert Wilders).
Et la liste ci-dessus n’est pas limitative, loin de là…
Reste à expliquer sa montée en puissance en cette année 2015.
Trois raisons principales peuvent être mises en avant.
La première est le virage à droite toute des Républicains.
Si la parti de Lincoln n’était pas devenu ces dernières années le refuge de ceux qui sont contre tout et voient des complots de l’Etat fédéral partout en tentant de détruire partout où ils le peuvent le lien social ou les nécessaires solidarités en diabolisant leurs adversaires par des campagnes irrespectueuses, grossières, outrancières, racistes, intolérantes et mensongères, Donald Trump n’aurait pu trouver un aussi bon terreau pour ses agissements.
Il a même «bénéficié» des candidatures improbables de politiciens haineux et/ou à l’intelligence limitée, voire totalement incompétents, qui ont peuplé les dernières primaires républicaines comme Sarah Palin (qui l’a soutenu lors de ses attaques de John Mc Cain dont pourtant elle était la colistière en 2008!), Michelle Bachmann, Rick Santorum, Rick Perry, Mike Huckabee, Herman Cain ou Fred Thompson.
Dès lors, la sienne, aussi grotesque qu'elle soit, n'est pas autant surprenante qu'on pourrait le penser au premier abord.
Mais le bonhomme est aussi le produit d’un populisme (au sens français) de bas étage qui remet en question depuis toujours toute une «classe politique» soi-disant incapable, corrompue et ayant des intentions cachées envers le pauvre et bon peuple et qui a retrouvé une nouvelle jeunesse depuis le début du deuxième millénaire.
Cette démagogie est à l’œuvre aussi bien à droite qu’à gauche aux Etats-Unis et ailleurs que l’on pense à Donald Trump mais aussi à Bernie Sanders (le candidat socialiste à la primaire démocrate), à Alexis Tsipras, à Jean-Luc Mélenchon, à Marine Le Pen, à Nigel Farage, etc.
Il est aussi, et ceci est le plus inquiétant, le produit du régime de la démocratie républicaine ou plutôt de son dévoiement.
En effet, Donald Trump s’est engouffré comme ses devanciers dans la montée en puissance très inquiétante de l’autonomisation égocentrique assistée irresponsable insatisfaite irrespectueuse de l’individu et des revendications qui vont de pair avec.
Ce phénomène qui est une perversion de la démocratie républicaine (qui suppose, pour fonctionner correctement, respect et responsabilité), permet à chacun d’être dans une demande sans frein et sans limite vis-à-vis de la société tout en étant dans un état de révolte systématique envers toute institution au nom de «sa» liberté qui n’est souvent qu’une variante de la licence.
Les politiques démagogues et populistes ont très bien compris comment le canaliser en caressant dans le sens du poil ces «résistants» de pacotille par des postures «rebelles» qu’évidemment n’ont aucune chance de pouvoir donner des résultats autres que catastrophiques, Syriza le démontrant chaque jour en Grèce.
La réponse c’est l’anti-clientélisme porté par le Centre afin de retrouver l’essence de ce que doit être la démocratie républicaine imaginée par les pères fondateurs des Etats-Unis et les penseurs de la Révolution française comme Sieyès ou Condorcet.

Alexandre Vatimbella
copyright 2015 LesNouveauxMondes.org

mercredi 12 août 2015

Présidentielle USA 2016 - Le «Hillary bashing» peut-il avoir la peau de Clinton?

Récemment, le New York Times a du s’expliquer dans ses colonnes devant la hargne que ses journalistes mettaient à critiquer Hillary Clinton et que nombre de ses lecteurs désapprouvaient, allant jusqu’à publier des fausses nouvelles, remettant en cause son sérieux pourtant légendaire (cependant parfois exagéré).
Mais le quotidien newyorkais ne fait que ce que font l’ensemble des autres médias américains, de la critique systématique de la candidate à la candidature démocrate pour l’élection présidentielle de 2016.
La presse d’ailleurs n’est pas la seule à s’acharner.
Tous les jours une nouvelle «affaire» est montée en épingle, sensée démontrer l’inaptitude, la malhonnêteté, la corruption, la trahison et bien d’autres défauts d’Hillary Clinton et qui retombent aussitôt comme des soufflets.
Mais ce tourbillon incessant a bien sûr des conséquences dans l’opinion publique avec des sondages, même s’ils font d’elle encore la favorite pour l’élection, en baisse et une confiance qui lentement s’érode.
La campagne au profil bas de l’ancienne première dame du pays joue également en sa défaveur puisqu’elle semble donner raison à toutes ses attaques alors qu’elle était élaborée, justement, pour ne pas prêter le flanc à cette entreprise de démolition méthodique qu’elle avait déjà connue d’une certaine façon en 2008 face à Barack Obama en n’intervenant que à propos et sans polémiques, ce qui définitivement ne semble plus pouvoir être le cas aux Etats-Unis et ailleurs.
D’autant que cette entreprise, comme c’est l’habitude lorsque l’on s’attaque à un centriste aux Etats-Unis et ailleurs, vient de la droite et de la gauche, chacune la décrivant comme faisant partie du camp de l’autre tout en critiquant ses positions équilibrées.
Elle pâtit également de la montée de l’électoralisme démagogique et de l’extrémisme intolérant que l’on constate depuis le début du deuxième millénaire dans la plupart des démocraties.
Ainsi, pour 2016, au-delà même des candidats radicaux et extrémistes, deux personnages déplacent les foules: Donald Trump (républicain), le populacier de droite, et Bernie Sanders (socialiste affilié au parti démocrate au Sénat), celui de gauche, aux slogans démagogiques et aux dangereux accents exaltés, voire enragés, sans oublier le fameux «tous pourris sauf moi» qui marche spécialement bien auprès d’un certain électorat.
C’est le fort écho qu’ils recueillent dans la population qui est préoccupant même si personne ne croit qu’ils pourraient s’affronter dans l’élection générale comme le représentant des deux grands partis et que l’un d’eux se retrouve in fine à la Maison blanche.
De même, ce n’est pas la première fois que l’on a de tels candidats.
Barry Goldwater – le modèle de Ronald Reagan – dans les années 1960 pour les républicains et George McGovern pour les démocrates dans les années 1970 étaient de la même veine.
Dans ce contexte, Hillary Clinton, la favorite et la plus sérieuse des candidats, est le punching-ball préféré de tous ceux qui veulent un changement profond sans souvent savoir quoi mettre dans celui-ci mais qui vont s’en prendre à la voix de la raison.
On dirait qu’elle attire tous les mécontentements et les inquiétudes mais aussi toutes les paranoïas et les thèses complotistes contre ce fameux «establishment de Washington» qui confisquerait soi-disant le pouvoir rien que pour ses propres intérêts alors que rien ne vient démontrer qu’elle en fait partie, ni qu’elle a jamais privilégié ce monde-là dans son parcours politique.
En réalité, c’est bien parce qu’elle refuse d’entrer dans une logique clientéliste particulière qu’elle est la cible de tous les clientélismes.
Barack Obama avait réussi à surpasser cet écueil réel en 2008 en se présentant comme le candidat du changement alors même qu’il professait clairement des thèses centristes, ce que la gauche du Parti démocrate ne lui a jamais pardonné par la suite, alors qu’elle s’était trompé elle-même dans son exaltation du Grand soir.
Mais il était nouveau et pouvait jouait sur cette image d’ingénu de la politique pour l’emporter.
Hillary Clinton ne peut évidemment pas faire de même.
Il est à espérer pour les Etats-Unis mais aussi pour notre monde mondialisé que le débat se centrera bientôt sur les vraies questions et abordera les vrais défis que la première puissance va devoir relever dans les prochaines années et les prochaines décennies.
Là où Clinton a des réponses.
Mais où ses adversaires n’ont pas l’air pressés d’aller…
Alexandre Vatimbella
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